Voci Aiaccini "U Bloggu di U ROSSU" Fédération de la Corse du Sud du PCF Supplément officiel à "la Voix d'Ajaccio"

Mot clé - RESISTANCE

Fil des billets - Fil des commentaires

70° Anniversaire de la Libération de la Corse - Merci Léo !

Micheli_leo.jpg Le soixante-dixième anniversaire de sa libération a été, pour la Corse, un événement considérable : grâce au nombre et à la diversité des initiatives mémorielles, grâce à l’implication active des jeunes générations et à la pluralité des territoires concernés, grâce à la présence du président de la République en différents lieux de mémoire, cette commémoration aura eu l’éclat que méritaient ces combats libérateurs et les sacrifices de ceux qui s’y étaient engagés. Temps fort de ces cérémonies, les grands discours prononcés, à Bastia, sur la place Saint Nicolas, par le Président de la République, François Hollande, et par Leo Micheli, le dernier dirigeant politique vivant de cette période décisive de notre histoire contemporaine.

Son hommage à tous les combattants de la liberté, la qualité de son témoignage, la puissance politique de son propos ont fait forte impression. Et ils ont suscité une grande fierté chez les communistes et leurs amis.

Comme avec Arthur Giovoni à Ajaccio il y a vingt ans devant François Mitterrand, l’engagement absolu des communistes dans la résistance et la libération, leur capacité à rassembler les forces vives du peuple ont été rappelés et expliqués par l’un des leurs, devant les plus hautes autorités de l’Etat. A Bastia, le 4 octobre 2013, devant François Hollande, la « leçon de Leo » a fait passer sur la Corse le souffle irrésistible de l’Histoire. Ce n’est pas un hasard si la mission de parler au nom de toute la Résistance lui a été confiée : son engagement, les responsabilités éminentes qui ont été les siennes, son expérience et sa culture, sa stature politique, tout exigeait « naturellement » que cette mission lui revienne.

Mais ce choix renvoie aussi, plus profondément encore, à ce qui a été au cœur de la construction politique singulière qui a donné sens, consistance et efficacité à la Résistance intérieure corse. «Notre Leo» l’a expliqué avec la pédagogie et la subtilité politiques qui ont toujours été les siennes. Sa « leçon » tient, selon moi, en quelques axiomes simples : les communistes n’étaient pas seuls dans la résistance, mais ils avaient compris avant d’autres que la libération nationale et la libération sociale étaient inséparables, que c’était dans le peuple lui-même, dans son union sur une ligne clairement patriotique et démocratique, que l’on pourrait ouvrir en grand le chemin de la liberté. Sans eux, sans leur volonté de rassemblement, le Front National n’aurait peut-être pas existé, et la libération aurait été, avant tout, le fait de forces extérieures. Le peuple corse aurait été, sans aucun doute, plus spectateur qu’acteur de sa propre libération, c’est le sens même du discours du Général De Gaulle à Ajaccio, en octobre 1943.

Il ne peut être question, chacun le comprend, de faire un tri indigne entre des patriotes qui ont tout sacrifié pour libérer leur pays. On peut relever, néanmoins, que les seuls tués en combat sous l’occupation (indépendamment des martyrs de la répression et des combattants de la libération) auront été cinq patriotes, André Giusti, Jules Mondoloni, Dominique Bighelli, Jean-Baptiste Giacomini et Dominique Vincetti, cinq militants communistes actifs dans la préparation de la lutte armée intérieure : leurs destins illustrent une stratégie. Résister, pour tous, c’était exposer sa vie. Mais il y avait débat sur les conditions de la libération. Les dirigeants de Londres et d’Alger auraient préféré que la résistance patiente en attendant le débarquement des armées alliées ; les communistes avaient choisi, avec leurs organisations, de ne pas cantonner leur action au seul renseignement militaire, au demeurant capital en pareilles circonstances.

On peut même soutenir que, sans la ligne politique développée, dans la clandestinité, par le Front national et le Parti communiste, la détermination sans faille des patriotes, leur dévouement absolu n’auraient sans doute pas suffi à la réussite du soulèvement populaire. Il fallait aussi, à la résistance, l’intelligence politique des situations, une ligne politique découlant d’une analyse juste du contexte, et les cadres dirigeants capables de prendre, collectivement, les bonnes décisions au bon moment. Et cela, en pleine conscience de ce qui se jouait à l’échelle planétaire. Ceux qui ont pris la décision d’ouvrir le feu savaient ce qu’ils faisaient au moment où ils ont pris une décision dont ils avaient certainement envisagé la possibilité, la nécessité, et… les conséquences. Rendre hommage à tous ceux, connus et moins connus, à qui nous devons nos libertés d’aujourd’hui ne nous dispense pas d’un examen serein des conditions historiques et du contexte politique de l’époque pour mieux la comprendre et, peut-être, d’en tirer des enseignements.

N’ayons pas peur des mots, Leo Micheli avec la légitimité indiscutable qui est la sienne, a rappelé à tous que l’action des communistes, et leur aptitude à rassembler sur des bases offensives et lucides, ont fait participer la Corse, à partir de sa situation et son identité propres, à un moment crucial de la grande Histoire, celle de la nation, celle de l’humanité. Il y a peu de formations politiques à pouvoir s’enorgueillir d’un tel patrimoine. Et d’un tel message historique. Le 4 octobre, grâce à lui, la Corse a respiré, à pleins poumons et au moins un jour, soixante-dix ans plus tard, l’air pur de l’engagement sans calculs au service des « spoliés de la terre », au service simplement de la libération humaine.

Merci Leo !

Ajaccio le 10 novembre 2013 - Paul Antoine Luciani
 

26 & 27 Septembre - INTERVENTION DE ETIENNE BASTELICA

                               M. le Président de l'Assemblée, M. le Président du Conseil Exécutif,

C'est une journée un peu particulière, loin d’être historique, mais un peu particulière parce qu’en fin de compte, au bout de quelques mois, de longs mois et j'ai même envie de dire de longues années, ceux qui sont ici depuis plus longtemps que moi se posent des questions pour savoir si les différents statuts particuliers qui ont été octroyés à la Corse aujourd'hui peuvent être améliorés ou éventuellement rester en l'état. Tout d’abord, je voudrais dire un mot sur les chiffons noirs qu'on agite de temps à autres pour, systématiquement jeter le trouble sur les travaux de notre Assemblée.

Nous menons les débats que nous avons envie de mener, où effectivement les hommes et les femmes qui sont dans cette enceinte s’expriment et votent ; pour tout un chacun cela s'appelle la démocratie. Si nous avons la possibilité de débattre de certains sujets qui peuvent parfois déplaire, c'est tout simplement parce que la Collectivité Territoriale de Corse a des compétences élargies.

Je voudrais dire aujourd’hui qu’au sein même de notre mouvance, ainsi que dans notre groupe nous avons eu des débats passionnés, passionnants et riches, y compris quand les différences s’expriment. Aujourd'hui, ceux qui sont là depuis plusieurs années savent qu’à un moment donné nous avons eu la concession des ports, nous avons eu la concession des aéroports, nous sommes responsables des lycées et des collèges. La Corse gère la politique touristique au travers de l’ATC, nous avons toute compétence en matière de formation professionnelle, nous décidons de grandes orientations en matière sportive ainsi que dans le domaine de la culture, nous gérons le service public des transports aériens et maritimes. Toutes ces compétences nous ont été octroyées par les différents statuts 81, 91, 2001/2002. Pouvons-nous aujourd’hui, alors que pour la première fois, les élus du peuple sont à l’initiative de ces propositions, nous interdire d’en demander d’autres ? Très sincèrement, je pense que non. Ou alors si tel était le cas, il faudrait avoir le courage de dire à Monsieur Jean Marc AYRAULT, Premier Ministre : « Reprenez tout, on vous rend tout. » En m’exprimant de cette façon, vous avez compris qu’il n’y aura pas de ma part de question préalable, du style : « M. GIACOBBI, vos propositions sont dangereuses et on vous demande de retirer votre texte. » Je voudrais dire aussi qu’en aucun cas on ne laissera croire à notre peuple qu'avec une nouvelle évolution institutionnelle, on va raser gratis. Il nous faut affirmer aussi que si on sort du cadre du texte ainsi voté en demandant des « dérogations » diverses et variées, à ce moment-là notre groupe sera le premier à s’opposer.

Nous avons eu des débats très importants, très intéressants sur la fiscalité des successions. Nous avons, en toute honnêteté, participé de manière constructive à cette demande de transfert de la fiscalité du droit des successions pour que celle-ci soit affectée au logement social. Nous avons eu des débats sur la langue corse, débats parfois enflammés mais sincères. Nous avons proposé par l’intermédiaire de notre Président de l’Assemblée Dominique BUCCHINI, le statut de coofficialité de la langue corse car nous sommes très attachés à celle-ci.

Nous avons actuellement un débat sur le foncier, le débat sur le PADDUC prendra bientôt le relais. L’Assemblée de Corse tranchera : cela s’appelle la démocratie.

C’est pour toutes ces raisons que je me prononcerai favorablement sur la demande qui est faite à Jean Marc AYRAULT d’avoir la possibilité de changer les institutions de la Corse et d’inscrire celle-ci dans la constitution de notre pays. Alors, effectivement, certains pourraient nous rétorquer : « Pourquoi vouloir systématiquement être différents des autres régions de France ? » La réponse est qu’en tant que communiste, je me dois d’essayer de faire avancer certaines idées dans ma région, et qu’en faisant avancer ces idées dans ma région, j’espère pouvoir les faire avancer dans toutes les régions de France.

Et si demain matin plus de liberté, plus de décentralisation, plus de compétences sont demandées par d’autres régions de France, j’en serais le plus heureux. Je vais terminer parce que beaucoup de choses ont déjà été dites, et je voudrais en rappeler une. Quels que soient nos débats, quels que soient nos votes, à un moment ou un autre, puisqu’on a parlé de la place de la Corse dans la République, le peuple corse devra être obligatoirement consulté lors d’un référendum. N’oubliez jamais celui de juillet 2003 où malgré la propagande d’État en faveur du « oui », la victoire du « non » restera gravée dans les mémoires. Pour ceux qui en doutent, nous pouvons aussi organiser un référendum pour savoir si la Corse doit rester dans la République ! En ce qui nous concerne,

Au moment où la Corse va fêter le 70ème anniversaire du premier morceau de France libéré, le peuple corse sait déjà quelle est sa place dans la République. Je voudrais à ce sujet féliciter publiquement le travail effectué par certains médias locaux, en particulier Via Stella, qui nous fait vivre depuis le 9 septembre jusqu’au 4 octobre inclus les merveilleux moments de cette période. Il y a pour nous ce « lien du sang » de tous ceux qui sont morts et ce « lien du sang » avec la nation remplace tous les experts et tous les constitutionalistes.

 

70ème anniversaire de la Libération de la Corse 1943 - 2013

L

Ce texte de notre camarade Paul Antoine LUCIANI paraîtra ce vendredi 6 Septembre dans les colonnes de logo_hebdo.jpg



HOMMAGE

La forme choisie pour cet hommage rendu à la Résistance corse a été inspirée par un célèbre poème d’Aragon : « Le conscrit des cent villages »*. Mais ce qui est à la base du poème, ce ne sont plus des noms de lieux chargés d’images, d’histoire et de musiques, ce sont des prénoms. Ces prénoms sont ceux d’authentiques héros et martyrs, fusillés, déportés, morts au combat (en Corse ou sur le continent), ou bien survivants et devenus grands témoins. Soldats de l’ombre ou de l’armée régulière, leur destin commun aura été de se dresser contre l’occupation fasciste de la Corse et de contribuer à débarrasser l’Europe du nazisme.

Cette approche « par les prénoms » s’est imposée naturellement : les prénoms instaurent une familiarité. Ils nous rapprochent de ces hommes et de ces femmes dont le souvenir s’efface peu à peu de nos mémoires. Alors que leur engagement, leurs parcours, leur exemple continuent d’inspirer nos combats d’aujourd’hui…

Certes, les commémorations officielles perpétuent le souvenir de certaines individualités prestigieuses et emblématiques qui illustrent et résument le sacrifice de tous les autres ; mais elles peuvent aussi faire oublier que la Libération a été un formidable mouvement de masse impliquant des milliers d’acteurs. Nous voulions rendre hommage à des femmes et des hommes qui nous ressemblent, et qui doivent rester proches de nous, réunis dans leur diversité : ils ont tous combattus pour nos libertés.

Nous avons conscience qu’une liste de cette nature risque d’apparaître comme une injustice à l’égard de ceux, nombreux, qui n’y figurent pas. Mais il nous était impossible de dresser une liste complète. D’abord, parce que nous ne connaissons pas tous ceux qui, à des titres divers, ont apporté une contribution à cette lutte immense.

Ensuite, parce qu’il existe (même si elle ne peut être sans lacunes) une liste de noms où nous avons puisé nos exemples ; c’est celle que Maurice Choury a établie et publiée dans « Tous bandits d’honneur »**. Elle est longue et difficile à exploiter dans le format choisi. Le recours aux prénoms permet de dépasser cette difficulté (sans la résoudre complètement) car le nombre des prénoms homonymes renvoie à un nombre bien plus grand de patronymes : comme il y a les prénoms connus et ceux qui le sont moins, il y a aussi ceux qui sont partagés ; et c’est ainsi que les soixante-seize prénoms cités dans ce texte sont, en réalité, ceux de deux cent douze patriotes identifiés ; ce sont ceux que l’on peut retrouver, pour partie, dans la liste publiée par Maurice Choury, ou bien dans d’autres publications. Une liste complète, s’il était possible de l’établir, serait encore plus longue… Le caractère collectif de l’hommage s’en trouve encore plus nécessaire et mieux souligné.

Enfin, il fallait respecter les exigences propres à l’écriture des alexandrins : associer des prénoms, simples ou composés, en les organisant par groupes de douze syllabes rimées, sans rechercher de correspondance étroite entre ces prénoms et les faits ou thématiques des différentes strophes où ces prénoms ont été placés.

Quant au titre, il faut ici entendre « Cent » comme « Beaucoup » : nous avons voulu évoquer ainsi une force collective, et tenté d’illustrer, à notre manière, « l’élan de tout un peuple contre la tyrannie », selon l’expression d’Arthur Giovoni.



Le lecteur jugera du résultat.

*La Diane française, (Œuvres poétiques complètes, éd. La Pléiade, page 1014).

** Tous bandits d’honneur, (Ed. Alain Piazzola 2012 , pages 185 à 199).

            °°°

CENT NOMS POUR LA LIBERTÉ

            °°°

Ceux qui ont dit Debout ! Nous entendons leurs voix

Arthur, Albert, André, Antoinette, François,

Eux qui ont refusé que l’on nous mette au pas,

Nonce, Noël, Pierrot, Jérôme, Nicolas,

Catherine, Tristan, Philippe, Jean-Donat

              *

Dans la nuit du fascisme, ils se sont tôt levés,

Hyacinthe, Madeleine, Ange Marie, Renée,

Pour s’unir et s’armer dans la Corse occupée,

Pierre, Marie, Martin, Charlot, Félicité.

              *

Malgré les noirs essaims qui nous cachaient le ciel,

Malgré le Maréchal, ses lois, ses sentinelles,

Dominique, Léo, Jéromine, Danielle,

Jean, Jules, Fred, Michel, Francette, Gabriel,

Ange, Emile, Pierre-Jean, Paul, Fabrice, Julien

Agissaient, rassemblaient pour un autre destin.

               *

Des femmes à Bastia, dans la rue, pour le pain,

Des jeunes gens au maquis, qui ouvraient le chemin

Un espoir renaissait de cette ardeur féconde :

C’étaient les forces neuves qui changeraient le monde !

Ils n’avaient dans le cœur que l’amour de leur terre,

Don Jacques, Jean-Toussaint, Paul-Marie, Félicien ;

Et la seule volonté d’en chasser la misère,

Simon-François, Sauveur, Marcel, Pascal, Lucien.

              *

Souvent même prénom, toujours même combat ;

Un idéal commun de tous réglait le pas,

Ceux qui n’y croyaient pas et ceux qui priaient Dieu,

Bébé, Barthélémy, César, Jeannot, Mathieu,

Raoul, Guy, Benoît, Rose…. Fusillés, survivants,

Envers tous et chacun, soyons reconnaissants !

              *

Ils portaient un flambeau sous le ciel incertain

Jean-Bati, Jean-François, Luc, Antoine, Toussaint.

Ils portaient le soleil, la liberté, la vie,

Simon-Jean, Jean-Mèmè, Maurice, Jacques, Henri.

Paul-André, Sébastienne, Roger, Ours-Marie,

Sacrifiés pour nous, au nom de la patrie,

Maria, Robert, Titus, Jean-Paul, Joseph, Louis.

              *

La liste est encore longue, en connait-on la fin ?

Isidore, Félix, Ange-Pierre, Gallien,

Laurent, Paulin, Françoise, Archange, Séraphin …

N’oublions pas non plus les tabors marocains,

Le bataillon de choc, les mutins italiens :

Contre l’armée nazie, ils se sont tous dressés,

Et pour nous délivrer, eux aussi sont tombés.

               *

Gardez, gardez au cœur les noms de nos héros

Ils n’ont pas reculé, même face au bourreau !

Du vrai progrès humain, ils furent les apôtres,

Dans leurs pas glorieux, mettons aussi les nôtres,

Et comme repère sûr, gardons leur goût des autres !

Répétez, répétez ces noms qu’il faut aimer ;

Pour nous ils resteront ceux de la Liberté !

               *

Paul Antoine Luciani Juillet 2013

Mur_variante_2.jpg

 

69ème ANNIVERSAIRE DE LA LIBERATION D’AJACCIO

papi_mario_mini_D.jpg

Allocution de M.PAPI Mario, secrétaire de l’ANACR de la Corse du Sud

Je salue très respectueusement, au nom de l’A.N.A.C.R. de la Corse du Sud, les personnalités civiles et militaires, les présidents d’associations patriotiques et leurs porte-drapeaux qui honorent de leur présence cette cérémonie commémorative du 9 septembre 1943, jour où, juché sur le toit d’une ambulance, Maurice Choury lançait à la foule dense des Ajacciens rassemblés devant l’hôtel de ville l’ordre d’insurrection rédigé dans la nuit précédente, à la suite de la réunion des membres présents sur la place du Comité départemental du Front National de lutte pour la libération de la France qui s’était tenue dans la boutique de Jean Bessières. « Le 9 septembre c’est l’aube qui chasse les ténèbres de la nuit noire dans laquelle la Corse vit depuis 11 longs mois.» Ainsi s’exprimait Jérôme Santarelli dans le discours qu’il prononçait en ce même lieu à l’occasion de la célébration du 61ème anniversaire de la libération de la Corse et plus précisément de l’appel à l’insurrection lancé aux Ajacciens et au peuple de Corse. Le peuple de Corse, élément central pour les dirigeants de ce Front composé de l’ensemble des mouvements de la résistance : communistes, radicaux, gaullistes, socialistes, bonapartistes, sans parti, de toutes opinions philosophiques ou religieuses qui s’étaient dressés contre le fascisme, contre le nazisme, la barbarie et l’oppression, rassemblés sous la devise « forti saremu se saremu uniti » et dans l’objectif que la libération de la Corse serait l’œuvre en premier lieu du peuple corse. Le seul rappel de ces faits et de ces lignes directrices rend vaines et dérisoires les déclarations tendant à attribuer à l’une ou à l’autre de ces composantes, le seul mérite de la résistance et de la libération de notre territoire occupé depuis le 11 novembre 1942 par les soldats de Mussolini suivis de ceux de Hitler.

Lire la suite...

 

INAUGURATION DU GROUPE SCOLAIRE JERÔME SANTARELLI

santarelli_jerome.jpg

Allocution de Paul Antoine Luciani,

Premier adjoint au maire d’Ajaccio, au nom de l’ANACR 2A



La Corse commémore aujourd’hui le soixante-neuvième anniversaire de sa libération. Nous le célébrons à Ajaccio, première ville de France libérée, en donnant à une école neuve, dans un quartier en pleine rénovation, le nom d’un éducateur qui fut aussi un libérateur. Un homme de cette terre qui a consacré sa vie à la défendre et à prendre soin de sa jeunesse. Le conseil municipal, à l’unanimité, a choisi de donner à la promesse d’avenir que représente toujours une école, le nom d’ « un des hommes qui sont l’honneur de ce pays », pour reprendre l’expression d’un journal local qui ne pensait pas comme lui.



Je veux dire mon émotion et ma fierté d’avoir été sollicité par L’ « Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance » (ANACR 2A) pour rappeler et saluer, au nom de ses adhérents –beaucoup ici en font partie- l’engagement et le parcours de Jérôme Santarelli, un homme d’exception ; un homme d’exception qui n’aurait guère apprécié qu’on lui applique ce qualificatif, lui qui était la modestie même. Mon émotion est d’autant plus vive que de cette tâche mémorielle m’est confiée en ma qualité de premier adjoint au maire d’Ajaccio, Simon Renucci, qui préside cette cérémonie ; et que j’ai aussi le devoir et l’honneur de représenter ici tous les amis de Jérôme Santarelli. On ne peut, dans le cadre de cette cérémonie, raconter en détail l’histoire d’une vie si bien remplie. Mais on peut en rappeler quelques temps forts particulièrement riches d’enseignements. Il existe d’ailleurs sur le site internet de l’ANACR une biographie de Jérôme Santarelli ; elle a été établie par l’historienne Hélène Chaubin qui vient de publier, le mois dernier, un très bel ouvrage, « La Corse à l’épreuve de la guerre », qui permet de situer dans notre histoire contemporaine la place et le rôle des hommes tels que lui.

Né à Viggianello dans une famille très modeste contrainte d’aller s’installer à Toulon pour que le père de famille trouve du travail, Jérôme Santarelli est admis à l’Ecole normale d’instituteurs d’Ajaccio. On ne dira jamais assez le rôle joué par cet établissement dans la Corse de la première partie du vingtième siècle, notamment au sortir de la grande guerre. Il était le principal, sinon l’unique, outil de formation capable de préparer localement les cadres dont la société corse avait besoin pour se développer. Il fut aussi une très belle école de civisme. Très tôt, Jérôme trouve la voie de l’engagement social et politique en adhérant en 1935 au parti communiste, seul outil susceptible, à ses yeux, de donner un prolongement à sa révolte contre les injustices. Affecté en 1938 à Sartène comme instituteur, il sera muté autoritairement à Serraggia, en novembre 1940, à cause de son appartenance politique. C’est la guerre, son parti est interdit, ses militants, peu nombreux en Corse, sont surveillés et pourchassés. Après l’invasion italienne, le 11 novembre 1942, Jérôme, dès le 2 décembre, entre dans la clandestinité. Il sera accueilli par la famille Tramoni, à Iena, près de Mola, dans la vallée de l’Ortolo. Avec Joseph Tramoni (qui sera maire de Sartène), il trouve refuge dans une grotte et recommence rapidement à nouer des contacts dans la population pour organiser la résistance.

Le Front national lui confie en mars 1943 le poste de responsable militaire de l’arrondissement d’Ajaccio. Il participe notamment à une réunion avec l’envoyé du général Giraud, Paul Colonna d’Istria, dont nous allons aujourd’hui même commémorer le souvenir en inaugurant une stèle près d’ici. Le 27 juin 1943, il prépare avec Jean Nicoli la réception, sur la côte des Agriates, du sous-marin Casabianca qui doit livrer des tonnes d’armes de guerre à la résistance. Cernés, ils sont arrêtés. Ils seront jugés par le Tribunal militaire italien, le 28 août : Jean Nicoli sera sauvagement exécuté le 30 août, et Jérôme Santarelli condamné à 30 ans de prison et à la déportation en Italie. On peut imaginer le traitement que les fascistes leur ont infligé pendant les interrogatoires car Jérôme parlait très peu de lui. Il a passé sa vie à défendre la mémoire de ses camarades fusillés ou morts au combat. On sait seulement par sa femme que, lorsqu’elle est allée le voir, à Bastia, avant sa déportation en Italie, il avait reçu tant de coups qu’il ne pouvait plus signer de sa main une procuration pour elle… Santarelli_j_avec_AF.jpg Jérome avec son ami Albert FERRACCI

Après diverses étapes, depuis Livourne et Rome, il est incarcéré à Chieti, dans les Abruzzes. Il parvient à s’évader, en 1944, à la faveur de la retraite allemande devant l’armée américaine. Une anecdote recueillie par Antoine Poletti, qui a longtemps travaillé avec lui au sein de l’ANACR, mérite d’être retenue car elle est l’image même de l’universalité de la résistance. Aussitôt évadé, Jérôme cherche à prendre contact avec la résistance italienne. Ce n’est pas si simple, les partisans sont en guerre, ils se méfient des espions, ils vérifient tout avant d’accepter de le recevoir. Il y parvient et il est accueilli par le responsable régional des partisans. Il s’agit d’un professeur de français. La réception devient un moment de fraternisation et ils entonnent ensemble La Marseillaise ! Condamné par le fascisme italien, il est recueilli par la résistance italienne ; quel message d’espoir et de fraternité humaine ! Après son retour en Corse, en juillet 1944, il reprend son métier d’instituteur et son premier poste sera ici même, dans le quartier des Salines, dans une école improvisée, installée dans un garage, qui avait sans doute servi à l’armée américaine car il en conservait des traces écrites sur sa porte ! Mais il est assez rapidement nommé à l’école annexe de L’Ecole normale d’instituteurs, là où il avait été formé et où il effectuera toute sa carrière. Déployant toute ses qualités de pédagogue, il sera pour beaucoup dans la réputation d’excellence de cet établissement. Formateur de maîtres à son tour, il a laissé à tous ses élèves un souvenir plein de reconnaissance. Enseignant émérite, il fut aussi un passeur de mémoire, consacrant toute son énergie à ses élèves et à la défense de la mémoire de la résistance.



Car il y a eu une période d’effacement lent du souvenir de la guerre et de la résistance. Les cérémonies patriotiques n’attiraient guère de monde et la mémoire publique s’estompait devant la croissance économique, dans un contexte politique qui avait changé. On doit à Jérôme Santarelli – il a été, pendant 24 ans, président de l’ANACR - et à quelques autres, comme Laurent Arrighi, président du Comité de liaison de la Résistance, d’avoir entretenu la flamme, quand elle était en péril de s’éteindre. Et ce travail opiniâtre et patient, entrepris par des hommes qui, sans jamais parler d’eux-mêmes, savaient la valeur des exemples et la nécessité d’en propager la mémoire, ce travail a produit des résultats. En m’excusant par avance, auprès d’eux, de ne pouvoir citer ici tous ceux qui, aux côtés de Jérôme, ont participé à cette tâche d’intérêt public, il me faut saluer l’implication active de Michel Moreau et d’Antoine Poletti, chacun sur un registre différent. Il existe désormais un site internet, très documenté et très visité, qui permet à tout un chacun de s’informer, et de se faire une opinion, par le texte, par l’image et par le son.



Mais, même au temps de la retraite très active qui a été la sienne, Jérôme n’en avait pas fini avec les épreuves. Ses responsabilités politiques, ses convictions républicaines, son engagement en feront à nouveau une cible, quarante-cinq ans après l’occupation ! En février 1988, il a alors 76 ans, il est victime d’un attentat au plastic, en pleine nuit, dans sa maison d’Afa, où il se trouve avec sa femme ! La riposte est immédiate, un meeting de soutien est organisé, la solidarité de ses camarades et du monde combattant est totale, chacun est appelé à condamner cette ignominie… Les dirigeants nationalistes de l’époque refusent, suscitant l’indignation générale... Dix-huit ans plus tard, U Ribombu internaziunale , un mensuel nationaliste, sollicite et obtient une longue interview de Jérôme Santarelli où il développe ses idées avec la franchise et la clarté qui sont les siennes. L’introduction de la rédaction disait ceci (je la cite) : « ce mois-ci, le Ribombu a eu le privilège de rencontrer un des hommes qui sont l’honneur de ce pays, Jérôme Santarelli ». Chacun a compris cette initiative et ces propos comme une façon d’admettre qu’une faute terrible contre l’honneur avait été commise près de vingt ans auparavant et qu’il fallait, d’une façon ou d’une autre, tenter de la réparer. En imposant, quel qu’en soit le prix, le respect des idéaux de la résistance, Jérôme venait de remporter une grande victoire, une victoire morale dans le combat toujours nécessaire pour les valeurs universelles qui ont illuminé toute sa vie.

Cette affaire illustre aussi des idées que l’on évoque en ce moment, celles du consensus et de la réconciliation. Après un conflit, quelle qu’en soit la gravité, une réconciliation est indispensable. Mais elle ne peut se réaliser sans un important travail de mémoire et de parole, et jamais sans un respect absolu à l’égard des victimes. La réconciliation n’a rien à voir avec une posture politicienne ; c’est une démarche humaine nécessaire à l’équilibre d’une société, non un dispositif politique ou électoral qui conduirait à oublier les droits humains élémentaires. De ce point de vue, on peut tirer de la vie de Jérôme Santarelli, une grande leçon de modestie et de fidélité : en 2005, trois ans avant sa disparition, il est revenu à Iena, là où il avait été recueilli par la famille Tramoni. Il est revenu pour apposer une plaque souvenir en mémoire de ces gens du peuple qui s’étaient spontanément exposés sans rien attendre pour eux-mêmes, mais pour défendre une cause qu’ils savaient plus grande que leurs existences privées. Le mot qu’affectionnaient les résistants, c’était le « beau mot de responsables », comme le disait souvent Arthur Giovoni, plutôt que celui de « dirigeants »… Oui, nous conserverons d’eux et de Jérôme Santarelli une belle leçon de dévouement, de modestie et de fidélité.



Je ne saurais mieux conclure mon propos que par une pensée de Jacques Muglioni, ancien doyen de l’Inspection générale de philosophie, une pensée placée en ouverture du site internet de l’ANACR (je le cite) : « L’humanité ne se fonde pas sur le souvenir douloureux du pire mais sur la mémoire fortifiante du meilleur, sur ce qui reste exemplaire pour nous. Nous n’aurions aucune idée de l’humanité si nous n’étions pas capables d’entretenir le souvenir d’un passé qui persiste à nous dispenser sa gloire » Voilà qui convient parfaitement au parcours de Jérôme Santarelli. Et voilà qui convient aussi à l’école qui porte son nom. Son engagement social et patriotique, son métier défendu avec une rectitude absolue, sa vie entière consacrée au progrès de l’humanité, restent exemplaires pour nous. Pour nous et pour les générations nouvelles.



Grâce aux maîtres qui vont donner une âme à l’établissement, les élèves qui vont s’y succéder recevront, en ce lieu parfaitement adapté à ses missions, les savoirs fondamentaux que la République doit à tous les enfants. Ils pourront également retrouver, dans le souvenir fortifiant de Jérôme Santarelli, les valeurs universelles et les repères concrets qui, seuls, pourront les aider à progresser ensemble vers le bien commun. NB : www.resistance-corse.asso.fr

Paul Antoine Luciani le 9 Septembre 2012