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Monsieur le Maire, chers collègues,

La semaine dernière, le 22 avril, à l’occasion du débat d’orientations budgétaires, nous avions indiqué que personne ne pouvait vous reprocher, quelques jours après votre installation, de présenter devant l’assemblée délibérante un document budgétaire innovant. Nous avions également suggéré de maintenir l’essentiel des projets d’investissement déjà arrêtés par l’ancien conseil municipal ; tout particulièrement la poursuite des grands projets financés dans un cadre pluriannuel qui vont garantir la sécurité des Ajacciens, créer des équipements qui vont améliorer le cadre de vie de la population et conforter le service public communal. Nous avons pu constater, à la lecture du projet de budget, que c’est bien cette orientation qui a été retenue. De fait, le budget que vous présentez correspond à l’hypothèse basse d’investissement que nous avions nous-mêmes prévue, en concurrence avec d’autres hypothèses plus ambitieuses, mais toujours en fonction des priorités que nous avons signalées mardi dernier. Monsieur le premier adjoint a même indiqué, je le cite, que « ce budget, nous l’avons en quelque sorte fait un peu ensemble ». Nous aurions, dans ces conditions, mauvaise grâce à nous y opposer. Nous nous contenterons de nous abstenir pour des raisons que tout le monde comprend.

Je souhaiterais revenir néanmoins sur quelques aspects que nous jugeons importants et sur lesquels nous voudrions attirer l’attention du conseil. A la page 27 du rapport, on peut lire, je cite, « Comme indiqué lors de notre Débat d’Orientations Budgétaires, nous allons procéder à un examen plus approfondi des investissements en AP/CP afin de retrouver plus de lisibilité et permettre de dégager les priorités de notre action. Des opérations dont les débuts d’exécution étaient prévues sur 2014 sont suspendues » (fin de citation). Qu’une Direction municipale veuille savoir où elle va en matière de programmation de travaux, c’est bien la moindre des choses.



Mais, dans le cadre des prévisions budgétaires, il est impératif de prendre en compte les priorités fixées antérieurement et déjà financées par les partenaires de la commune ; d’autant que ces partenaires sont vigilants quant au respect des engagements pris par la collectivité. Vous avez, en juin, un rendez-vous avec tous les financeurs de l’ANRU, pour une revue de projet où le point sera fait très précisément sur l’état d’avancement du dossier, et sur les prévisions de dépenses pour la période à venir. Une parfaite continuité s’impose donc dans la mise en œuvre de la convention signée en mars 2009 et pour laquelle nous avions signé un avenant autorisant un délai reportant de deux ans l’achèvement des travaux. Cette remarque vaut pour toutes les opérations dont le calendrier de réalisation est pluriannuel. Vous me permettrez également d’évoquer un élément du débat budgétaire qui prend souvent un caractère polémique et qui doit être replacé dans son cadre et son contexte réels. Je veux parler de la masse salariale qui pèse lourd dans les dépenses de fonctionnement de la ville. Quand on aborde ce sujet, on le présente souvent sur le seul registre comptable. Sur ce plan, il est vrai que le pourcentage des frais de personnels excède largement la moyenne nationale des villes de même importance. Et il est indiscutable que plus lourd est le poids des dépenses de personnels, moins la commune pourra prélever d’excédents dans la section de fonctionnement pour cofinancer ses dépenses d’investissement. Cette situation risque d’aggraver les difficultés de la commune pour s’équiper. Tout cela est vrai. Mais c’est une situation qui existait en 2001, et à un niveau nettement supérieur ! Car la structure du budget communal n’a guère évolué depuis vingt ans ; et elle ne pourra pas changer en profondeur si l’économie du pays ajaccien reste ce qu’elle est, c’est-à-dire peu productive en recettes fiscales. Et c’est la raison de fond qui a conduit l’Etat, à la demande des élus de Corse de décider, dans le cadre des discussions de Matignon, un Programme Exceptionnel d’Investissement en faveur de la Corse et de ses collectivités

Il faut donc se garder de noircir le tableau. Considérons plutôt la réalité des chiffres et les projets concrets auxquels ils renvoient. Référons-nous, par exemple, à la page 37 de votre rapport de présentation et examinons les onze ratios communaux obligatoires que les dispositions législatives et règlementaires imposent de mentionner chaque année dans les documents budgétaires : Charly Cervetti se chargera de les commenter tout à l'heure ; ils prouvent que, malgré toutes les spécificités et handicaps structurels de son budget, la ville d'Ajaccio n'a pas à rougir de la comparaison avec les communes de même importance, Nous pouvons également démontrer, avec deux exemples concrets (deux, mais on peut en fournir bien d'autres) que l'on peut faire évoluer la commune dans le bon sens, malgré ses handicaps. On peut – et nous l’avons fait - moderniser l’appareil municipal et renforcer l’attractivité de la capitale régionale tout en développant, les services publics et les équipements communaux. Ces deux exemples illustrent à eux seuls les progrès réalisés. Il sera utile et nécessaire de les rappeler dans toutes les études – diagnostics que vous envisagez de conduire.

La masse salariale de la ville d’Ajaccio a augmenté fortement entre 2001 et 2014, c’est vrai ; mais allons un peu plus loin que l’image comptable de cette particularité et recherchons les causes de cette augmentation. Comparons, par exemple la structure des emplois et des compétences, dans certains domaines, en 2001, au moment du changement, avec celle d’aujourd’hui, à l’heure d’un nouveau changement. Il s’agit d’une question centrale que l’on a souvent tendance à oublier. En 2001, l’administration communale, tous services confondus, était équipée de 40 ordinateurs gérés par trois techniciens ; seuls deux sites, l’hôtel de ville et la DGST, étaient interconnectés. Il y a aujourd’hui 600 ordinateurs et 40 sites interconnectés dont certains desservis par fibre optique ; ce parc est géré par un service de 14 personnes, dont 4 ingénieurs, qui gère également les 100 ordinateurs de la CAPA et les 250 ordinateurs qui équipent toutes les écoles d’Ajaccio, chacune d’entre elles disposant, d’ailleurs, d’un accès internet. Ce service a bénéficié, jusqu’ici, d’un budget d’investissement de 600 000 € annuels. Les services techniques disposaient, en 2002, de quatre ingénieurs. Il y a, aujourd’hui, tous services confondus (administration, informatique, DGST) un effectif de 23 ingénieurs qui travaillent à la ville d’Ajaccio dont 12 femmes ! Comment la commune aurait-elle pu assurer la maîtrise d’ouvrage de tous les grands travaux réalisés, ou en cours de réalisation, sans ces nouvelles compétences réunies désormais au sein de nos services ?

Et je ne parle même pas des efforts considérables de formation, de préparation aux concours, de promotion interne et de rattrapage social qui ont été réalisés en treize ans. Car il y a eu une élévation générale, absolument sans précédent, des compétences, des équipements, et des performances parmi l’ensemble des personnels. N’évoquons que pour mémoire la création d’un Centre Technique Municipal, un bâtiment industriel moderne qui a donné du sens au service public communal, insufflé une fierté légitime aux personnels qui le servent, et inspiré confiance aux partenaires de la commune quant à la qualité des ouvrages et des travaux réalisés en régie. -Le deuxième exemple concerne l’attractivité d’Ajaccio, « la Corse toute l’année », pour reprendre la devise de l’Office de tourisme. Nous avons accueilli, selon l’INSEE, près de 14 000 habitants supplémentaires en moins de deux décennies. La capitale régionale compte aujourd’hui près de 68 000 habitants permanents. Le mal logement existe encore, comme l’insuffisance dramatique de logements sociaux, mais nous avons autorisé la construction de 4814 logements en 13 ans. Deux hôtels et deux résidences de tourisme ont été construits ; d’autres équipements hôteliers ont été rénovés. Beaucoup d’entreprises ont investi pour moderniser leurs outils de travail, voyez le développement de l’est d’Ajaccio.

Nous avons développé en grand et modernisé les équipements collectifs et les services à la population : une nouvelle crèche est en cours de construction à Mezzavia, et la réputation du Palatinu a franchi la mer, ajoutant encore à l’image positive de notre ville. Voilà quelques éléments quantitatifs et qualitatifs qui sont autant d’indicateurs qui confirment que la capitale de la Corse a encore gagné en attractivité.

Nul n’aurait pu développer les services communaux, améliorer le service à la population grâce à la modernisation de l’appareil municipal, sans entraîner une montée en puissance de la masse salariale. Dénoncer unilatéralement l’augmentation de la masse salariale en l’attribuant à du clientélisme alors qu’elle n’est le plus souvent que la contrepartie inévitable de la croissance urbaine et du développement des services publics communaux serait un mauvais coup porté à la vérité et à l’intérêt général.

Engager une réflexion en profondeur pour améliorer encore la gestion communale pour qu’elle continue à rendre un service encore plus efficace aux Ajacciens, en prenant pour point de départ les acquis enregistrés, voilà une démarche qui me paraît plus productive et plus conforme au mandat reçu du suffrage universel. Affirmant ce principe, je ne fais de procès d’intention à personne, mais je veux répondre à certains propos, tenus ici ou là, qui me semblent avoir pris beaucoup de libertés avec la vérité.

Je me permettrai, en conclusion, d’attirer votre attention, Monsieur le Maire, puisque vous avez annoncé votre intention de lancer une série d’audits (nous en avions fait autant en 2001), sur un élément auquel on ne pense pas toujours, s’agissant de ce type d’études : vous disposez de trois rapports de la Chambre régionale des comptes (2000, 2007, 2013) couvrant une période significative de trois mandatures. Inscrivons dans le cahier des charges de ces études-diagnostics la référence obligatoire à ces trois rapports. Ils permettront à notre assemblée délibérante, non seulement de dresser un état des lieux à un moment donné, mais aussi de prendre la mesure des évolutions intervenues et des contextes dans lesquels elles se sont inscrites. La connaissance de chacun sera complétée, et le jugement de tous n’en sera que plus pertinent.

Je vous remercie de votre attention.

Paul Antoine Luciani