BUCCHINI_-_Copie.jpgAu moment où le débat est vif entre les agents de la CTC et leur Direction, Le Président de l'Assemblée n'ayant pas de responsabilité directe sur la gestion et l’administration de l'institution ne souhaitait pas participer directement au débat afin de ne pas l opacifier davantage.Cependant il reçoit, normalement, aujourd’hui une délégation de ces personnels. Sa position sur le fonctionnement des services publics, les personnels qui y consacrent leur travail a été développé hier 24 Mai au Congrès National CGT de la Fonction Publique que vous trouverez ci annexée.

Chers amis, chers camarades,

Je vous remercie de m’avoir invité à votre congrès, le dixième congrès national de la Fédération CGT des services publics. Je voudrais dire aussi à tous les délégués ici présents, et mes amis corses se joindront à moi, que vous êtes tous les bienvenus dans notre région. Pour ceux qui l’ignoreraient, ce bateau sur lequel vous êtes aujourd’hui, appartenait il y a quelques années encore, à une compagnie publique, la SNCM.

Vous êtes ici pour faire le point et le bilan de vos actions, des actions revendicatives multiples dont les plus emblématiques ont été le mouvement contre le projet de Loi sur les retraites ou les luttes depuis deux ans pour garantir à la fonction publique territoriale son statut spécifique…

Votre fédération regroupe entre autres, les personnels actifs et retraités des communes, des régions, des intercommunalités et des services départementaux du logement social, ou des incendies. Vous avez ainsi un vaste champ d’intervention.

Je reçois régulièrement dans mon bureau de l’Assemblée de Corse beaucoup d’entre vous, des syndicalistes opiniâtres qui se battent pour défendre des avancées sociales ou des droits acquis difficilement ou tout simplement pour que leur statut ne se dégrade pas dans l’application d’une politique de plus en plus injuste envers les salariés du secteur public.



J’écoute les arguments de chacun de ceux d’entre vous qui viennent me dire combien il leur est de plus en plus difficile de travailler dans un environnement de travail dégradé.

Je vois bien et je perçois la misère sociale de plus en plus effective que vous me décrivez et qui n’est pas un sujet abstrait.



Inutile de vous dire que le contexte actuel de crise du capitalisme que vous allez sans doute évoquer à ce congrès, donne une urgence particulière à vos débats.

Ce contexte est aggravé en France par la politique d’un gouvernement qui ne tient pas compte des aspirations populaires. Cette politique, inspirée par les dogmes libéraux conceptualisés à Bruxelles, à un nom : la RGPP, la révision générale des politiques publiques.

L’action des syndicats, dans ces circonstances particulières de crise exacerbée, est plus que jamais nécessaire pour mobiliser les énergies afin de ne pas se laisser imposer une destruction massive et systématique des conquêtes sociales que des décennies de luttes ont laborieusement élaborées. Vous êtes à l’avant-garde du combat social indispensable qu’il faut mener pour rendre notre société plus juste et plus humaine. Plus que jamais, la mobilisation syndicale est nécessaire pour éviter la destruction d’acquis sociaux toujours menacés.

Vous devez avoir en permanence à l’esprit que vos luttes ne sont pas vaines et qu’elles sont la condition même du progrès social. Vous devez ainsi lutter dans un environnement de plus en plus hostile et cela vous donne donc des responsabilités particulières.

C’est dans cette atmosphère dangereuse de rupture sociale et dans la même aspiration libérale, qu’ont été conçues la réforme des collectivités locales, la baisse des effectifs dans les services publics et la suppression d’un nombre significatif de ces mêmes services.

Tout cela est bien entendu cohérent, car il s’agit d’éliminer, au nom d’une rentabilité qui n’a pas jamais été démontrée, tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à une non- marchandisation des services.

Mais il s’agit là, nous le voyons bien, d’une politique à courte vue et qui ne prend pas en compte les énormes besoins de nos compatriotes, notamment dans le domaine de l’éducation, de la justice, de la sécurité. Les effets de la privatisation des services nationaux de l’énergie, des transports, de la santé, des télécommunications, de l’emploi sont dévastateurs. Plus aucun domaine n’échappe aujourd’hui à cette casse généralisée.



Avec celles du logement et de l’emploi, ces préoccupations populaires, imposent comme une exigence le retour du caractère public de certains services.

Il y a trop de besoins sociaux urgents à satisfaire pour se permettre de laisser au privé des secteurs aussi essentiels que l’eau ou l’énergie par exemple.

Et puisque nous sommes sur ce bateau, un mot sur les transports : la libéralisation du marché des transports, censée bénéficier aux usagers, n’a fait qu’accentuer le dumping social et la hausse des tarifs. C’est tout le contraire de ce qui était envisagé qui s’est produit. En Corse par exemple, la concurrence effrénée des opérateurs privés voulue par l’Europe, n’a pas abouti à une baisse des tarifs. C’est même, selon le rapport Revet, une distorsion de concurrence qui a été constatée et qui a déstabilisé l'ensemble du dispositif de continuité territoriale.

Il faut le dire, et il faudrait même le proclamer dans une charte des services publics: -les services publics sont le moyen de la réalisation de la devise républicaine, Liberté, Egalité, Fraternité. -la solidarité nationale est garantie par l’existence même des services publics. -les services publics assurent les principes de continuité, d’égalité d’accès pour tous les citoyens, de neutralité et de distribution équitable sur l’ensemble du territoire national. -les services publics garantissent les conditions de l’égalité républicaine dans les domaines vitaux pour les individus.

Ces menaces rendent encore plus urgente, la nécessité de débattre, de lutter et de proposer des alternatives.

Partout dans notre pays se multiplient les foyers de résistance, d’initiatives et de propositions innovantes pour à la fois préserver et promouvoir le service public, comme l’ont montré les récents Etats généraux des services publics à Bagneux.

Je voudrais aussi en quelques mots évoquer la réforme des collectivités territoriales dont beaucoup d’entre vous auront peut-être à subir bientôt les effets.

Cette réforme remet en cause des années de décentralisation. Il s’agit d’un véritable coup porté contre la démocratie locale.

Cette réforme consiste à réduire le nombre d’échelons dans l’organisation territoriale de notre pays, à réduire le pouvoir d’intervention des communes, des départements et des régions, pour le transférer aux super-agglomérations ou aux grandes métropoles.

Cette réforme, en réalité, ne fera qu’éloigner des citoyens, les principaux centres de décision. Il s’agit aussi de transférer la dette publique de l’Etat sur les collectivités. La réforme aboutira à les asphyxier progressivement, à les mettre dans l’obligation de réduire les prestations qu’elles fournissent, à augmenter la pression fiscale et à réduire le nombre d’agents territoriaux.

La philosophie même de la réforme est de poursuivre la libéralisation de l’économie en privatisant des services aujourd’hui mis en œuvre par les collectivités.

En limitant aux communes la clause de compétence générale, en réduisant le nombre d’élus, en regroupant de force les collectivités, en réunissant les conditions de la suppression des départements, le gouvernement n’a qu’un seul but : baisser la dépense publique en réduisant l’intervention de l’Etat pour ouvrir des marchés nouveaux aux entreprises et augmenter leurs profits.

Le gouvernement ne fait qu’entreprendre au niveau local ce qu’il opère déjà pour des services publics nationaux tels que la Poste, l’Hôpital public ou l’Education nationale.

Cette réforme, chers camarades, constitue bien une rupture avec les rôle et place de l’Etat et des collectivités dans notre République.

Comme le disait Jean Ferrat dans une interview à l' Humanité: « la transformation sociale est toujours à conquérir. L’homme ne se laissera pas ravaler au rôle d’animal, ni ne laissera enterrer ses espoirs de changement. »