P-ALUCIANI_-Jean-Pierre_Belzit2.jpeg 1. La campagne débute, elle s'annonce comme l'une des municipales ajacciennes les plus serrées. Votre sentiment ?

Sans doute plus serrée qu’en 2008, compte tenu de l’aggravation des difficultés sociales et du mécontentement général qu’elle entraîne. En Corse aussi. Mais les municipalités ne peuvent être tenues pour responsables des destructions d’emplois, du chômage ou des petites retraites. S’agissant de ce dont la majorité municipale est comptable et qu’elle doit assumer, on peut dire, sans flatter outre mesure la municipalité sortante, qu’elle a bien travaillé pour Ajaccio. C’est d’ailleurs pour cela que nos adversaires veulent à tout prix nationaliser cette campagne. Les Ajacciens ne se laisseront pas abuser.++

2. Après avoir été tenté de présenter une liste, le Parti communiste a annoncé qu'il s'alliait avec Simon Renucci dès le premier tour. Les raisons de ce choix ?

Le parti communiste, fondateur du Front de gauche en Corse, avait le choix entre trois options : le rassemblement dès le premier tour pour rester cohérent avec deux mandatures positives pour Ajaccio ; présenter une liste autonome « Front de gauche » avec l’objectif unique de sanctionner la politique gouvernementale ; présenter, pour les mêmes raisons, une liste communiste ouverte à des personnalités de progrès. Les militants ajacciens ont choisi, par un vote à bulletins secrets et à une très large majorité, la continuité sur des options claires de gestion, pour l’autonomie sur la politique nationale, et pour le renforcement de leur représentation au sein du futur conseil municipal et du futur exécutif. Il n’y rien, dans ce choix assumé, qui ressemble à un ralliement sans principes ; c’est au contraire faire respecter notre bilan local sans cautionner une politique d’austérité que nous combattons sur le vrai terrain où il faut la combattre. Et avec tous les points d’appui, si modestes soient-ils, qui peuvent être utiles à ce combat ; les municipalités en font partie et nos concitoyens le savent bien.



3. Votre « cavalier seul » lors des dernières législatives perdues par Simon Renucci vous a été reproché par ce dernier. Cela vous a-t-il influencé dans votre choix cette fois ?

La déception, c’est humain, peut être mauvaise conseillère. Je vous rappelle que j’ai été trois fois candidat aux législatives « à côté » de Simon Renucci (2002, 2007 et 2012), précisément pour les raisons évoquées plus haut ; et j’ai toujours appelé à voter pour le candidat de gauche arrivé en tête au premier tour… L’enjeu des législatives, c’est la politique gouvernementale. Qui plus est, ces élections suivent désormais les présidentielles, et elles forment, ensemble, une séquence électorale unique dont les enjeux (nationaux voire internationaux) sont indissociables. Les législatives sont donc le niveau pertinent pour une expression propre des formations de gauche et, plus généralement, de toutes celles qui composent l’arc républicain. L’enjeu municipal est différent : centré sur les affaires de la cité, il ne doit pas ignorer le contexte politique national; mais il relève surtout d’une logique locale. . Nous avons toujours pris en compte ces réalités peu discutables et nos choix ne sont dictés que par cette analyse.

4. L'union avec le maire sortant pour cette campagne était une évidence. Pourquoi avoir pris autant de temps pour la réflexion ? Les négociations pour la constitution de la liste sont-elles difficiles ?

Décidément, vous tenez absolument à m’extorquer des confidences prématurées ! Aucune négociation n’est facile, vous pouvez vous en douter. Ce que l’on croit évident a priori peut, à l’expérience, se révéler complexe…D’une manière générale, il vaut mieux prendre du temps (surtout à quatre mois du scrutin) pour obtenir un bon accord, plutôt que de bricoler dans l’urgence, une combinaison qui s’écroulera à la première turbulence !

5. Sur la nouvelle liste, vous souhaitiez obtenir plus que les sept sièges de 2008 et trois postes d'adjoint. Le principal allié de Simon Renucci a-t-il eu gain de cause ?

Ce que je puis dire, et qui sera certainement confirmé par Simon Renucci, c’est que nous travaillons pour parvenir à un bon accord. Et nous allons y parvenir !

6. Nous avons annoncé que vous serez de nouveau premier adjoint en cas de victoire. Confirmez-vous ? Seriez-vous toujours à l'urbanisme ?

L’accord que j’ai évoqué plus haut comportera effectivement cette condition : le poste de premier adjoint sera dans la continuité des mandats précédents, et notre représentation devrait être plus équilibrée et plus visible. Quant à l’urbanisme, j’y ai pris goût ! Mais il est trop tôt pour en parler sérieusement. Il faut d’abord gagner les élections.

7. Quel regard portez-vous sur cette mandature ?

La mandature en train de s’achever aura été celle de certains accomplissements majeurs, pour la ville comme pour la CAPA. Nous allons revenir en détail sur notre bilan. Disons simplement que tous ceux qui s’y sont investis (et ils sont nombreux) doivent ressentir une certaine fierté de n’avoir eu comme boussole que l’intérêt général, et de pouvoir répondre de leur action, la tête haute. Mais ils ressentent aussi, j’en suis sûr, une certaine insatisfaction face à la lenteur des accomplissements : le temps de la décision et celui de la réalisation ne sont pas les mêmes…

8. La réalisation dont vous êtes le plus fier ? Celle qui suscite le plus de regrets ?

Je ne veux ni préciser ni personnaliser ma réponse : il y a, pour toute la majorité, beaucoup de réalisations dont ils pourraient être fiers, et aussi quelques regrets. L’essentiel n’est cependant pas là : quand on se met au service de ses concitoyens, il faut les laisser juger, par eux-mêmes, les résultats obtenus ; ils se feront une opinion en confrontant la situation actuelle de la ville et de ses équipements avec celle qui était la sienne quand nous avons été élus.

9. Que comptez-vous proposer aux Ajacciens pour ce troisième mandat ?

Il y a deux priorités que chacun, en principe, devrait retenir : un nouvel élan de la solidarité, la poursuite de l’investissement. Il n’est pas possible de développer ici ces deux axes interdépendants de l’action publique communale, nous allons y revenir en détail, mais on peut regrouper sous ces deux grandes orientations la quasi-totalité des domaines où la commune dispose de compétences propres.

10. Vos opposants critiquent votre vision de l'aménagement d'Ajaccio qui ne serait pas assez « méditerranéene », ne respectant pas l'identité de la ville comme votre projet « tout minéral » pour la future place Campinchi. Que répondez-vous ?

Ces critiques sont sans objet. Le projet de grande place au-dessus du parking Campinchi fait l’objet d’un concours d’architecture. Il sera largement concerté et la « minéralisation » dont vous parlez ne figure pas dans le cahier des charges du concours ! Nous avons pris l’engagement devant le Conseil des sites de respecter la composition générale de l’ancien square, avec la mise en valeur du monument aux morts. Cet engagement sera tenu.

11. Vous irez à la bataille avec des nationalistes dont vous ne partagez pas les idées. Jean-Paul Carrolaggi sera adjoint en cas de victoire. Au sein de la majorité, certains regrettent la politique « attrape tout » du maire sortant pour constituer sa liste. Qu'en pensez-vous ?

Je siège à la CAPA avec des maires nationalistes, nous votons souvent dans le même sens, et nous ne nous sommes jamais étripés ! S’il y avait des divergences de caractère politique, elles seraient tranchées par un vote (mais le cas ne s’est produit qu’à de rares occasions). Quant aux problèmes de gestion, exposés dans la transparence, ils ne posent pas de gros problèmes idéologiques… La liste qui se prépare pour les municipales est, d’abord, une liste d’union démocratique regroupant l’ensemble des formations de gauche. Mais il n’a jamais été interdit à personne de rechercher quelques candidats « différents » pour élargir le rassemblement citoyen. Cette démarche classique suppose simplement quelques précautions : ces candidats doivent être considérés comme des ouvertures individuelles représentatives d’une sensibilité particulière de la société civile, et non instrumentalisés comme des variables d’ajustement politique de la future majorité ; ils doivent respecter les valeurs et les principes qui sont ceux de toute gestion publique démocratique et leur représentation doit être, autant qu’on puisse la mesurer, proportionnelle à leur influence réelle dans la société…Simon Renucci sait ce qu’il fait, et je ne doute pas qu’il exposera lui-même, à ses alliés de la majorité sortante, et à la presse, les termes de l’accord que ses nouveaux partenaires affirment avoir conclu avec lui, à quatre mois du scrutin.

12. Que vous évoque le cas de François Gabrielli ?



Je n’apprécierai pas que d’autres que les communistes se mêlent de choisir nos candidats. Je m’interdis, par conséquent, de commenter, en quoi que ce soit, la vie interne du parti socialiste.

13. On évoque déjà l'impossibilité pour Simon Renucci de gagner au second tour sans les voix nationalistes. Cet électorat sera particulièrement courtisé...

Contrairement à une certaine idée reçue, la gauche dispose d’importantes réserves dans l’électorat ajaccien. Il s’agira donc, en priorité absolue, de s’adresser à lui et de le rassembler sur de grandes options liant le bilan, le projet, et la résistance locale à la crise. Le second tour aura la configuration que le premier tour aura dessinée. N’oubliez pas que le clivage droite-gauche qui va structurer l’élection, du fait de la campagne « nationale » de nos adversaires, traverse aussi la famille nationaliste et qu’elle ne sera monolithique ni au premier tour ni au second. Rappelons aussi, l’expérience de ces quelques décennies l’a démontré, que les avancées démocratiques que la Corse a connues ont été, exclusivement, le fait des gouvernements de gauche. Donc, oui, l’électorat nationaliste va peser dans le scrutin, mais sans doute pas dans le sens que certains l’imaginent…

14. Nous ne sommes plus en 2008, Laurent Marcangeli a réussi à rassembler la famille libéral. Cela vous fait-il peur ?

Pas vraiment ! Nous prenons au sérieux le rassemblement des courants de l’UMP, ce qui n’était pas le cas en 2008. Mais, comme il leur est très difficile de critiquer notre bilan et qu’ils sont contraints de copier notre projet urbain, ils croient pouvoir s’en tirer en nationalisant le débat municipal. Les Ajacciens ne sont pas dupes, ils voient dans leur jeu !

15. On vous dit en froid avec Maria Giudicelli, notamment depuis sa participation aux dernières Ghjurnate de Corte. Qu'en est-il ?

Qui vous a raconté cette fable ? Le débat démocratique n’est pas la guerre froide ! Maria était ma suppléante aux élections législatives de 2012 ; c’est à ma demande qu’elle nous a rejoints en 2004 à l’Assemblée de Corse, et en 2008 au conseil municipal d’Ajaccio. Son arrivée parmi nous, comme personnalité d’ouverture, préfigurait un peu le Front de gauche qui s’est constitué par la suite, à l’occasion des élections européennes. Maria n’est pas communiste, elle n’envisage pas de le devenir, je respecte ses convictions et nous travaillons ensemble, chacun où il se trouve, à la défense des plus démunis et de l’intérêt général. Nous travaillons l’un et l’autre au renforcement du Front de gauche en Corse. Nous concevons la diversité comme une richesse et non comme un élément de division…

16. En cas de victoire, ce mandat sera-t-il vos dernières responsabilités politiques ?

Le dernier mandat électoral, certainement ! Mais je ne compte pas me retirer du débat citoyen et de la vie culturelle…Je compte m’y consacrer aussi longtemps que j’en aurai la force. Je ne me suis jamais vécu comme un notable, je resterai un militant.

PAL avec Ghjilormu Padovani 20 novembre 2013 Corse_MATIN_Logo.jpg