Quels sont les dossiers prioritaires? ?

Dominique Bucchini. La continuité territoriale et la mise à plat des dossiers dans l’attente du rapport de la mission parlementaire, en particulier sur le dispositif d’aides sociales. Cela suppose des décisions immédiates. De mon point de vue, la première consiste à ne pas signer de convention avec Moby Lines. La seconde, à délibérer pour ne pas reconduire celle qui lie la Collectivité territoriale à Corsica Ferries. Il faut également examiner la situation financière tendue en raison d’un endettement et d’un déficit importants pour pouvoir ensuite, au regard des enseignements tirés, réorienter l’action de la CTC. Cela implique de renégocier avec l’État, le plan exceptionnel d’investissements (PEI). La priorité doit être donnée à l’amélioration significative des conditions de vie des quelque 60?000 familles vivant avec moins de 830 euros par mois.

Les questions sociales, notamment les problèmes liés à la vie chère, sont, il est vrai, au cœur de la « mal-vie » des Corses. La Collectivité territoriale a-t-elle compétence pour régler ce qui reste du ressort d’une politique nationale? ?

Dominique Bucchini. Sans en avoir la compétence, la CTC peut se saisir de certaines questions et, pourquoi pas, user de son droit à l’expérimentation. Il est assez surprenant, par exemple, que l’État ne s’intéresse pas à la destination de l’argent public, qui, à travers les réfactions de TVA, devrait bénéficier aux consommateurs alors qu’aujourd’hui ce n’est pas le cas. Avec la création d’un établissement public local foncier, la CTC peut donner un sens à l’aménagement du territoire, faire baisser la pression spéculative et engager une politique de construction de logements sociaux, au lieu de perdre les financements de l’État comme en 2008. Ensuite, il y a tous les domaines de compétences? : agriculture, pêche, formation, santé, culture, environnement, développement économique… Une nouvelle politique peut contribuer à l’amélioration de la situation. Avec 9 élus du Front de gauche, nous allons, dans la nouvelle majorité, travailler dans ce sens.

Dans quel esprit innover en matière de transports? ?

Dominique Bucchini. Pour une île, les transports sont vitaux. La défense et l’amélioration du service public doivent être au cœur d’une nouvelle politique en la matière dans le cadre des principes de la continuité territoriale. Dans la mandature, les délégations de services publics – maritimes, aériennes et ferroviaires – seront renouvelées? : des milliers d’emplois sont concernés à la SNCM, la CMN, la CCM Air France et aux Chemins de fer de la Corse. Un service public fort, c’est, pour les transports de fret et l’usager, la possibilité d’échanges économiques et de déplacements corrects dans des conditions tarifaires abordables, une fiabilité et une ponctualité régulières toute l’année. C’est le respect de l’exigence de sécurité et de préservation de l’environnement. C’est la prise en compte des statuts des personnels. En bref, c’est le contraire de la concurrence actuelle, sur fond de dumping social fiscal et commercial particulièrement gourmand d’argent public…

Entretien réalisé par Dominique Bègles