Le président de l’exécutif corse veut réserver l’accès à la propriété dans l’île aux résidents corses, ouvrant un dangereux débat.

En prélude à d’intenses débats prévus en septembre à l’Assemblée de Corse sur la question foncière et le statut de résident dans l’île, le président du conseil exécutif territorial, Paul Giacobbi (PRG), a lancé la proposition d’enrayer la spéculation foncière en limitant l’accès à la propriété foncière en Corse pour les non-résidents. Le délai pourrait, selon lui, être fixé « à cinq ans de résidence ou se fonder sur l’attachement familial à la Corse, afin de ne pas pénaliser les Corses de l’extérieur ». La droite, qui prévoyait dans son propre plan d’aménagement (Padduc) d’attirer de riches retraités, s’étrangle devant ce qu’elle appelle « un cadeau » au chef de file des nationalistes, Jean-Guy Talamoni.

À gauche, Ange Rovere, premier adjoint PCF au maire de Bastia, dénonce une proposition « attentatoire au principe d’égalité devant la loi, voulant institutionnaliser le communautarisme ». Qui plus est, c’est un rideau de fumée : « Qui vend la terre ? Des Corses. Qui spécule ? Des Corses. » On s’entre-tue dans l’île sur fond de spéculation foncière et d’argent sale, rappelle-t-il.

« Des tas de gens utiliseront des prête-noms pour acheter » des biens immobiliers, renchérit Viviane Biancarelli, élue communiste à la collectivité territoriale de Corse. « La question institutionnelle est toujours agitée pour faire oublier les problèmes sociaux. 80 % des Corses sont éligibles au logement social », relève-t-elle. Ange Rovere relie, lui, cette proposition aux attaques contre le statut des fonctionnaires, au prétexte de sauver la langue corse. « En 1982 déjà, la Corse a servi de banc d’essai à la décentralisation. » L’île sert une fois de plus de laboratoire pour apprentis sorciers.

Lionel Venturini humanite_f_rPETIT_logo.gif