, en pleine conscience et en toute connaissance de cause. Je ne crois pas aux choix contraints qui seraient dictés par des décisions de justice...Je veux le redire, nos échecs sont avant tout le résultat de nos divisions.

4. Vous, l'ancien premier adjoint, on vous a senti plus effacé pour cette dernière campagne municipale. Vous a-t-elle dérangé ? N'y êtes-vous pas allé à reculons

Je ne vais pas au combat à reculons, même si je ne suis pas d’accord avec la façon de le mener : j'ai beaucoup travaillé pour cette campagne, par la parole et par l'écrit. Mais il est vrai que, du fait de mon état de santé, mais surtout pour d'autres raisons plus "subjectives", les interventions médiatiques du premier adjoint ont été bien moins fréquentes que celles du binôme Simon-Maria, lequel a voulu diriger, seul, la campagne électorale et capter l'essentiel de sa communication.



5. Il y a eu des tiraillements sur de nombreux points avec Simon Renucci et votre ancienne équipe. Vous étiez en désaccord avec l'ancien maire, notamment sur les conditions de l'union de second tour avec Corsica Libera. Et vous n'avez rien dit. Étiez-vous à votre place ?

Dans la logique de rassemblement que nous avions choisie, toute position publique critique aurait aggravé les divisions. J’ai donc écrit. Pendant la phase de constitution de la liste du premier tour et après, pour définir les conditions politiques du second. Malgré la différence de contexte, ces élections sont, en réalité, très étroitement reliées dans une seule séquence politique. Une séquence marquée par une double faiblesse : une profonde division à gauche, d’une part ; l’illusion pathétique, d’autre part, qu’une simple alliance électorale de second tour avec Corsica libera (6,17 %) pouvait compenser la défection de l’autre liste de gauche (7,89 %). Cette double faiblesse politique a été aggravée par le comportement incompréhensible du binôme Simon-Maria à l’égard de ses partenaires de la liste d’union : l’avant-veille du premier tour, le vendredi 23 janvier, il a signé un accord de principe pour le second tour avec Corsica libera sans en informer les autres membres de la liste, et sans prévoir de contact avec l’autre liste de gauche…Ce document ne m’a été communiqué que le vendredi 30 janvier, l’avant-veille du second tour ! Ces tractations sans gloire ont reçu leur récompense électorale le dimanche 1er février. Pour avoir tout fait pour l‘éviter, je déplore notre défaite ; mais je m’applique surtout, désormais, à en tirer les enseignements.

6. Comment jugez-vous la politique menée actuellement à la mairie d'Ajaccio ?

Il est encore trop tôt pour porter une appréciation équilibrée. Disons que cette majorité tarde à prendre ses marques, et que les premiers signaux qu'elle a adressés à l'opinion sont plutôt négatifs ou peu lisibles. On perçoit assez clairement son désir de revanche et son envie (irrépressible) d’imposer, sournoisement mais sans ménagement, un cours nouveau à l’organisation interne de la mairie. Mais la réflexion urbaine est réduite, pour le moment, à la création d'une Société publique locale et à la dénonciation systématique de prétendues dérives financières injustement imputées à notre équipe…Ces éléments ne pouvant tenir lieu de projet urbain alternatif, nous attendrons encore un peu pour nous faire une idée plus précise.

7. Au dernier conseil municipal, on ne vous a pas entendu sur l'augmentation en 2014 de 3 millions d'euros des frais de fonctionnement due essentiellement au recrutement de personnel. Paul Leonetti pointe les embauches de Laurent Marcangeli, le maire n'assume que 870 000 € de dépenses et dénonce la course aux voix de Simon Renucci les trois premiers mois avant l'élection. Qui a raison ?

J’ai dit, et on l’a entendu, qu’il n’y avait rien de neuf dans ce compte administratif : aucune explication sur les projets en cours, rien sur les réalisations de l’exercice ; juste la litanie, toujours renouvelée, des mêmes éléments de langage frelatés sur les prétendus effets négatifs de notre gestion ! La croissance exponentielle des dépenses de personnel (3, 01 M€, soit 5,5% en 2014) serait due pour l’essentiel aux largesses de notre équipe ! La nouvelle majorité ne serait responsable que de 1,5 % ! Un argument dont il faudra changer l’année prochaine, quand ces dépenses auront encore fait un bond, tout simplement parce que, sans embauche nouvelle et avec le seul remplacement (inévitable) des départs à la retraite, ces dépenses augmentent mécaniquement tous les ans. Relisez mon intervention au conseil municipal du 27 octobre 2014, à l’occasion du vote sur le budget supplémentaire : j’avais pointé la progression de 873 745 € de ces dépenses du seul fait des décisions prises en sept mois par la nouvelle majorité ! Sauf à procéder à une impitoyable chasse aux sorcières et à l’éviction de tous les agents communaux jugés indésirables, il ne faut pas s’attendre à une baisse des frais de personnels…

8. Vous regrettez le manque de sensibilité sociale de la nouvelle majorité municipale. La droite qui tournerait forcément le dos aux nombreux besoins à Ajaccio dans ce domaine, n'est-ce pas manichéen ? Que feriez-vous que vous n'avez pas déjà entrepris ?

Je ne raisonne pas ainsi. Lutter contre l'ultralibéralisme, qui écrase les faibles et enrichit les puissants, ne m'a jamais conduit à transférer mécaniquement cette action dans le champ municipal et à instruire des procès d'intention communaux ! Ce que nous combattons, ce sont les décisions, de quelque niveau qu'elles soient, qui aggravent l'austérité et les difficultés du peuple : on ne peut donc ignorer l'échelon national et européen où se décident l’austérité, les budgets contraints, les minima sociaux, le blocage des salaires… L’exigence d’une action locale offensive et désintéressée ne nous empêche pas d’en mesurer les limites. Relisez mes interventions, dans l'opposition et dans la majorité. Je suis moi-même victime du comportement manichéen des anticommunistes de tous poils, et je veille, par conséquent, à ne pas tomber dans les travers que je dénonce.

9. La gauche ajaccienne est laminée au point de faire jeu égal avec les nationalistes au sein de l'opposition. François Casasoprana a disparu du paysage politique. Qui pour relever cette gauche demain ?

La représentation de la gauche au sein de l’opposition municipale ne reflète pas son influence électorale réelle. Elle n’est que l’effet de l’accord de second tour conclu avec Corsica libera. Confidentiel, et très déséquilibré, il a placé le reste de la liste devant le fait accompli. Mais ces avatars ne signifient pas que la gauche ait disparu du paysage politique ! Sauf à considérer que le paysage politique se résume aux instances élues ; et aux manœuvres obliques où s’aventurent parfois certains candidats plus soucieux de carrière électorale que d’action publique… La gauche a perdu les élections, certes, mais elle n’est pas morte. Elle vient de loin, du fond de la misère humaine, et elle saura se renouveler pour continuer à incarner, avec des forces neuves, l’espoir d’une société plus juste.

10. Serez-vous candidat sur une liste aux prochaines territoriales ? A quelle position ?

J’ai siégé à l’Assemblée de Corse durant 13 ans. J’ai été président du groupe communiste durant deux mandats, de 1992 à 2004. Dans une période très tendue, malgré les drames et le paroxysme de violence que la Corse a connus, malgré la complexité et la confusion de la situation (règlements de comptes entre nationalistes, assassinat du préfet Erignac, épisode Bonnet, discussions de Matignon, préparation de la loi sur la Corse…) j’ai essayé, respectant les fondamentaux de mon engagement communiste, de préserver les intérêts de la Corse d’en bas ; ce qui n'était rien d'autre, en réalité, que défendre l'intérêt général. Je suis toujours dans le même état d'esprit, et j'assume toujours des responsabilités publiques. Mais j'avance en âge. En 2010, premier adjoint au maire d’Ajaccio, j'étais candidat sur notre liste à la place d’honneur, la 51ème. Si mes camarades le souhaitent, la seule place que je pourrais occuper à nouveau sur la liste communiste et front de gauche, serait celle-là. Mais, présent ou pas sur la liste, je la défendrai avec la même énergie.

11. (Si vous êtes candidat) Vous avez perdu à Ajaccio, les communistes reculent partout en Corse. Ne craignez-vous pas qu'il s'agisse du combat de trop ?

Regardez mieux les résultats ! C'est toute la gauche qui recule un peu partout. Et, dans ce recul général, nous résistons mieux que d'autres à la déferlante bleue, voire bleu marine, qui a balayé tout le territoire national. C’est vrai aussi en Corse du sud : aux sénatoriales, nous passons, pour la première fois, devant la gauche non communiste (d’une voix, il est vrai, mais cela suffit à la démonstration) ; aux départementales, dans un contexte où la droite omniprésente rafle tous les sièges, nous parvenons à être présents dans de nombreux cantons et à recueillir, avec le front de gauche, 6.064 voix…Nous restons, quoi qu’on en dise, une force de résistance et de rassemblement à gauche. On le constatera, à nouveau, aux territoriales. D’ailleurs, pour un militant communiste, il n’y a pas de combat de trop. Car il n’y a qu’un combat, le combat permanent pour la libération humaine. Il continuera aussi longtemps que durera l’injustice et la misère.

les quatre dernières questions :1.Quel est votre bilan de l'ère Renucci ?

S’il s’agit du bilan global de notre équipe durant 13 ans (« l’ère Renucci »), il est exceptionnel ! Ajaccio s’est dotée de nombreux équipements sociaux, sportifs, scolaires, culturels, d’espaces verts, d’assainissement des eaux, d’aménagements structurants… J’en ai fait un résumé chiffré dans un petit ouvrage bilingue (Ajaccio, l’avenir en chantiers), et je crois que personne ne pourra contester sérieusement l’ampleur des efforts consentis durant les deux mandats Renucci, et des améliorations intervenues dans la qualité du service public communal. Mais il est impossible (et inconvenant) de s’essayer à faire le tri entre les apports respectifs des différentes composantes de notre majorité.

2. Treize ans premier adjoint au maire en charge de l'urbanisme. Certains parlaient de vous comme d'un véritable maire bis. Avez-vous eu réellement les cartes en main ou n'étiez-vous qu'un faire-valoir ?

Il n'y a jamais eu qu'un maire et un seul. Le maire adjoint est le premier des adjoints. Il a un statut un peu particulier, mais il ne peut pas être un '"maire bis"! Présenter les choses autrement est contraire à la vérité institutionnelle, contraire à la vérité du fonctionnement réel, et désobligeant pour tout le monde! Il est vrai que la délégation à l'urbanisme a été, pour moi, plus gratifiante que mes fonctions de premier adjoint. J'y ai beaucoup appris et beaucoup réfléchi avec d'autres. Je refuse la notion de faire-valoir. Je serais heureux, en revanche, si l'on devait estimer que j'aie pu être utile à Ajaccio.

3. L'ancien maire, sur lequel des milliers de suffrages se sont portés, qui ne siège pas au conseil municipal, cela vous choque ?

On peut comprendre qu’un maire battu (et à deux reprises...) n’ait pas une envie furieuse de siéger face à son vainqueur ! Je me souviens de Marc Marcangeli qui, après quelques mois d’une opposition plus symbolique qu’efficace, avait choisi de démissionner discrètement du conseil municipal et de quitter Ajaccio. Il n’aura pas, hélas, beaucoup profité de sa retraite…Je crois que l’ancien maire ne va pas rester longtemps dans cette position, très inconfortable pour lui, qui consiste à rester élu sans siéger. Mais les milliers d’électeurs qui ont voté pour nous, même ceux qui se sont abstenus, savent qu’ils n’ont pas été abandonnés et que leur voix continue de se faire entendre au conseil municipal ! Beaucoup me disent qu’ils gardent confiance et qu’ils comptent sur nous. Ils ont raison. Et quand Simon Renucci, comme il l’a fait à la CAPA, décidera de laisser la place qu’il n’occupe pas, les électeurs de gauche, dans leur diversité, pourront compter sur un renfort de poids en la personne d’Etienne Bastelica.

4. Aujourd'hui, quelles sont vos relations avec Simon Renucci ? Vous voyez-vous ?

Nos relations sont restées courtoises, naturellement. Nos rencontres se sont espacées du fait de la division du travail qui s’est instaurée entre nous : il se concentre sur les suites des procédures judiciaires en cours ; pour ce qui me concerne, je me consacre à mes responsabilités de conseiller municipal d’opposition, et je travaille, avec mes camarades, à l'animation du débat public et à l’action des communistes. Je reste mobilisé.



Paul Antoine Luciani (Entretien du 15 juin 2015)