Il y a quelques jours paraissait dans "l'Hebdo" un interview du Premier Adjoint au Maire d"AJACCIO. U Rossu publie ci dessous dans son intégralité les idées avancées par le FRONT DE GAUCHE sur la situation actuelle et les priorités....Pour ceux et celles qui n'ont pu le lire.... P-ALUCIANI_-Jean-Pierre_Belzit2.jpeg

Un entretien avec Jacques Renucci de L’Hebdo du 26 Aout 2012

1- Depuis les élections législatives, où en est la gauche ajaccienne ?

Une réflexion a été engagée sur les raisons de l’échec sur le fil du 17 juin dernier. Mais la plupart des analyses sont restées internes aux différentes composantes de la gauche. Sauf pour le Front de gauche qui a ouvert le débat dans un entretien publié par L’Hebdo du 13 juillet. Les échos très larges rencontrés par cette réflexion publique en montrent bien la nécessité et l’utilité pour demain. Certains, en effet, attribuent cet échec à un enchevêtrement de causes municipales ; mais ces causes, qu’il ne faut pas ignorer, ne peuvent occulter la cause principale, structurante, qui reste l’insuffisante mobilisation de la gauche. Il est impossible de dissocier une élection de son enjeu et de son contexte. Surtout s’il s’agit d’une élection qui, depuis 2002, s’inscrit désormais dans une séquence institutionnelle (Présidentielle-Législatives) dont l’influence est déterminante. Pour relativiser, et donc laisser à leur place réelle, les enjeux locaux, il fallait se concentrer sur le seul enjeu direct de cette élection : l’enjeu national et le confortement de la majorité présidentielle au second tour. L’impérieuse nécessité d’un rassemblement dynamique de toutes les composantes locales de la gauche aurait alors été plus massivement ressentie, et la mobilisation aurait permis de combler l’écart très faible qui sépare le député sortant de son concurrent UMP… Mais on ne peut pas refaire ce que l’histoire a fait ou défait, on peut simplement en tirer les leçons.

2- Mais, durant des décennies, Ajaccio a été une citadelle de la droite ; n’y a-t-il pas, en perspective, un retour de cette tradition ?

Je ne le crois pas. Ce genre de « tradition » est appelé à changer, comme le reste. Elle a d’ailleurs largement évolué ; à preuve les différences notables entre les votes nationaux et les votes locaux… L’enjeu et le contexte des municipales de 2014, d’autre part, ne seront pas ceux des législatives de 2012. Le choix des électeurs se portera, à la fois, sur le bilan de l’équipe en place et sur le projet urbain que proposeront les différentes listes. Le tout sur un champ politique structuré, grosso modo, en trois composantes : la gauche, la droite, le nationalisme. Et dans un contexte territorial, national et européen qui influencera, lui aussi, le comportement des électeurs. Prenant en compte ces éléments d’analyse, l’ensemble de notre action sur deux mandats, et le projet urbain ambitieux qui est le nôtre, je suis confiant.

3- Le succès, même inattendu, de son candidat a, cependant, stimulé les ambitions municipales de l’UMP…

En effet ! Son impatience est visible. Chacun a pu lire, dans la presse, l’injonction que Jean François Copé, dans le cadre de la campagne interne à son parti, a adressée à ses supporters ajacciens : « Débrouillez-vous comme vous voulez, mais reprenez-moi Ajaccio ! ». Sur la forme, on relève l’élégance du langage. Elle évoque le ton sans réplique du sergent de la coloniale sermonnant un subalterne récalcitrant : « M’en fous ! Me f’rez deux s’maines de corvée d’ pluche » ! Sur le fond, le propos éclaire un point, évoqué par la presse nationale, qui fait toujours débat au sein même de l’UMP : la présence du nouveau député d’Ajaccio à la tribune indépendantiste de Corte. Dans ce « Débrouillez-vous comme vous voulez… », on doit comprendre que la Direction nationale de l’UMP ne sera pas trop regardante à l’égard des écarts de conduite ou des dérapages idéologiques locaux, pour peu qu’on « lui » ramène une prise de guerre, la mairie d’Ajaccio ! La droite sait bien que son projet de reconquête municipale passe par une alliance, négociée ou tacite, avec le nationalisme. Alors elle a décidé de ne pas s’embarrasser de la doctrine et des principes qui ont été les siens ; elle a choisi de « se débrouiller »…

4- Quel rôle aujourd’hui pour le Front de gauche ?

Il ne sera pas, en tous cas, celui de la mouche du coche ! Mais celui, actif, vigilant et utile, d’une force de transformation sociale, en lien étroit avec le mouvement syndical et le mouvement associatif dans leur diversité. Son programme « L’Humain d’abord » demeure un ensemble cohérent et pertinent de propositions susceptibles de répondre aux besoins populaires. Il a d’ailleurs reçu le soutien de quatre millions d’électeurs, on l’oublie un peu trop souvent… En Corse, on voit bien que les élus ou militants du Front de gauche, partout où ils exercent des responsabilités, observent la même règle de conduite, celle de l’intérêt public et du respect des engagements. A l’Assemblée de Corse, au conseil exécutif, dans les deux pôles urbains, ils s’efforcent d’être utiles et proches des besoins populaires, avec une préoccupation centrale : placer la question sociale au cœur des grandes problématiques de la résistance à la crise et du développement durable. Mais nous n’avons pas la prétention de changer tous seuls, en Corse, le système capitaliste qui produit les inégalités et s’alimente de sa propre crise ! Nous nous efforçons, plus modestement, d’en limiter les effets dans le champ de responsabilités qui est le nôtre… Et nous préparons ainsi le terrain pour des transformations plus profondes qui relèvent d’un autre échelon.

5- Comment analysez-vous, de ce point de vue, le débat et le vote sur les orientations générales du PADDUC ?

Excellent exemple ! Le document d’orientation élaboré par l’exécutif sous la conduite de Maria Guidicelli (Front de gauche) a déjà marqué un progrès important par sa méthode d’élaboration qui respecte scrupuleusement les règles participatives en vigueur s’agissant des documents d’urbanisme. Ce n’était pas le cas pour le document précédent. S’agissant du contenu, l’objectif est de parvenir à un Plan d’aménagement et de développement durable capable de concilier les besoins d’un développement économique et social équilibré et les exigences tout aussi vitales de préservation du patrimoine et d’amélioration du cadre de vie. Le respect de la loi littoral et de la loi montagne demeure, à cet égard, la pierre d’angle de la démarche, même s’il faudra sans doute expliciter certaines modalités de leur mise en œuvre. Autre nouveauté, la volonté, clairement exprimée, de fonder la construction du PADDUC sur un socle de valeurs communes donnant sens et portée à la vision partagée de l’avenir que les élus territoriaux se doivent de proposer à leurs concitoyens. A ce stade du parcours, les objectifs intermédiaires sont pleinement atteints, avec un vote largement majoritaire de l’Assemblée de Corse. Et ce ne sont pas les tentatives trop visibles de récupération politique (émanant du nationalisme dit « modéré ») qui changeront quoi que ce soit au résultat. Un pas important a été fait. D’autres suivront qui confirmeront l’utilité et l’efficacité du Front de gauche. La question centrale du logement qui vient à l’ordre du jour de l’agenda gouvernemental en fournira un nouvel exemple. Ou encore, la question cruciale des transports dont l’Assemblée de Corse va bientôt débattre. Première confirmation nationale : selon un sondage récent, 42 % des Français souhaitent que les propositions du Front de gauche soient mieux prises en compte par le gouvernement…