Que les entreprises paient autant de cotisations sociales et d’impôt ne signifie pas qu’elles soient plus handicapées que les autres

Cette comparaison censée nous coiffer d’un bonnet d’âne ne veut pourtant pas dire grand-chose. Que les entreprises paient autant de cotisations sociales et d’impôt ne signifie absolument pas qu’elles soient plus handicapées que les autres en termes de compétitivité. Cela traduit le choix collectif des Français de mutualiser un certain nombre de dépenses qui, ailleurs, sont laissées à la responsabilité individuelle ou à celle de chaque entreprise. Ce qui n’implique pas que les dépenses en question soient moindres au final : les Américains en particulier, paient leurs assurances maladies privées beaucoup plus cher que les Français leur assurance maladie collective (et donc inscrite dans ces fameuses taxes).

Ce haut niveau de prélèvements traduit en outre la volonté de considérer, davantage qu'ailleurs, ces cotisations sociales comme des cotisations « patronales ». Ces dernières viennent ainsi s’ajouter au salaire brut des salariés, alors que si elles prenaient la forme de cotisations « salariales », elles viendraient s’en déduire. Et n’apparaîtraient donc pas dans le total des « charges » pesant sur les entreprises calculées par le Medef.

Salaires bruts sensiblement inférieurs

Mais ce que l'organisation de Pierre Gattaz oublie de dire, c’est que de ce fait les salaires bruts français sont eux sensiblement inférieurs à ceux des salariés de beaucoup d’autres pays : 83% plus faibles qu’en Suisse, 60% de moins qu’au Danemark (un autre de ces fameux modèles si enviés), 30% de moins qu’en Belgique ou aux Pays bas, mais aussi 19% de moins qu’en Allemagne et même 10% de moins qu’au Royaume Uni… Et au bout du compte, grosso modo le plus en termes de cotisations patronales ne fait guère que compenser le moins en salaires bruts…

Pas d'explosion de la fiscalité

En outre, sur le long terme, (voir la série longue de l'Insee), on ne constate aucune « explosion » des « charges » pesant sur les entreprises françaises. Certes, la part de leur valeur ajoutée consacrée aux impôts et cotisations sociales patronales avait eu tendance à remonter depuis 2010 avant que le CICE puis le pacte de responsabilité ne la fassent probablement redescendre à grands pas au cours des prochaines années. Mais en 2013, elle n’avait pas retrouvé pour autant le niveau qui était le sien il y a encore 15 ans, suite aux multiples cadeaux faits aux entreprises dans les années 2000 par les gouvernements successifs. Bref, une fois de plus de la part du Medef : beaucoup de bruit pour pas grand-chose…

.../.. Sandrine Foulon et Guillaume Duval