* Pierre Ferracci a présidé en 2008 le groupe de travail multipartite sur la formation professionnelle, qui a préfiguré l'accord national interprofessionnel de janvier 2009, puis la loi de novembre 2009 sur la formation professionnelle.

Pas de grand soir pour la formation professionnelle

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Que pensez-vous de la récente loi sur la formation professionnelle?

Ce n'est certes pas le grand soir de la formation. Pour un système qui était qualifié comme étant à bout de souffle par le président de la République, on pourrait considérer que la réforme en manque un peu. Trois conditions, pour l'essentiel du ressort gouvernemental, devaient être réunies au préalable pour aller plus loin: intégrer la formation initiale dans la réflexion; clarifier les compétences entre l'Etat et les régions notamment; réformer le financement du paritarisme, à un moment où la démocratie sociale a sans aucun doute besoin de moyens supplémentaires. Faute de cela, les partenaires sociaux ont néanmoins corrigé une des lacunes principales de l'accord de 2003 sur la formation, qui était insuffisamment axé sur les publics fragiles.

En quoi cette loi pourra-t-elle contribuer à réduire les inégalités d'accès à la formation professionnelle?

La création du fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) va dans ce sens. C'est une avancée réelle des partenaires sociaux, qui a été confirmée par la loi de novembre 2009. Il s'agit de former 200 000 demandeurs d'emploi et 500 000 salariés en situation de fragilité, mal servis par les plans de formation dans les entreprises. L'amorce d'un dépassement de la logique des statuts contribue également à la résorption des inégalités, de même que les conditions d'une portabilité accrue du droit individuel à la formation.

Cela étant, l'utilisation du FPSPP ne sera pas évidente. Les partenaires sociaux, qui vont y mettre environ 900 millions d'euros en 2010, vont devoir s'entendre avec l'Etat et, par ailleurs, assurer une certaine cohérence avec les initiatives prises sur le même champ par les régions, qui sont restées à l'écart de la réforme. Ce n'est pas gagné d'avance.

Quelles mesures font défaut pour réellement réduire ces inégalités d'accès à la formation?

Je crois d'abord que la complexité du système, avec la multitude d'acteurs qui y interviennent, reste un obstacle. Malheureusement, la réforme récente n'a rien simplifié, au contraire. Sans douter de la volonté des opérateurs de mieux se coordonner, on peut s'interroger sur l'efficacité finale. L'Etat devrait, au demeurant, montrer la voie en se recentrant sur ses fonctions de stratège et de régulateur.

Il est regrettable, par ailleurs, que la loi n'ait pas repris la proposition des partenaires sociaux de créer un véritable droit à la formation différée. A défaut d'aller dans ce sens, il faut alors se donner des moyens supplémentaires pour éviter que près de 150 000 jeunes sortent du système éducatif sans qualification adaptée. Les efforts, louables, pour développer les pratiques d'alternance ne sauraient suffire. Le rattrapage par la formation professionnelle a ses limites. Propos recueillis par Camille Dorival dans ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES http://www.alternatives-economiques...