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Lu dans le Figaro de ce jour.....

Pour le président du groupe Alpha, spécialiste des questions sociales, le climat social est actuellement explosif.

Pierre Ferracci, le président du groupe Alpha, spécialisé notamment dans le conseil aux comités d'entreprise et qui fête cette année ses trente ans d'existence, livre son analyse du climat social. Pour lui, les syn¬dicats cherchent actuellement à ¬reprendre le contrôle d'une situation explosive, qui peut dégénérer à la première étincelle.

LE FIGARO.- Le climat social est-il explosif en France?

Pierre FERRACCI.- La situation est très grave. Nous ne traversons pas seulement une crise conjoncturelle, comme dans les années 1980 ou 1990. L'économie vit une profonde mutation avec la révolution du numérique, la disparition d'industries, l'apparition d'autres activités, le développement du low-cost. L'époque est marquée à la fois par la récession et le chômage, mais aussi par la nécessité de s'adapter au monde nouveau. Cela dit, en France, il n'y a pas de lien direct entre gravité de la situation et explosion sociale. Pour que l'explosion se produise, il faut qu'il y ait en plus un facteur déclenchant… que généralement, personne ne voit venir. En 1968, on sentait qu'il y avait un malaise. Mais le déferlement de mai a surpris tout le monde. Aujourd'hui, nous ne sommes pas à l'abri d'un tel scénario. Les syndicats en sont conscients. C'est pour cela qu'ils essayent de canaliser le mécontentement pour éviter une explosion non maîtrisable, et pour que cette grogne débouche sur des perspectives solides.

Mais les syndicats ne sont-ils pas dépassés?

Il est exact qu'en période de crise, il est difficile de mobiliser les salariés, qui sont frileux et angoissés. Mais la dureté de la crise pousse la CGT et la CFDT à converger vers des démarches unitaires. Les deux leaders, Thierry Lepaon et Laurent Berger, ont manifesté ensemble à ¬Lorient il y a une semaine. Soucieux de s'opposer aux dérives populistes, ils se sont vus, avec d'autres organisations, pour travailler ensemble sur les questions d'emploi et de pouvoir d'achat. Certes, la CFE-CGC et FO n'ont pas répondu à cet appel, mais ces premiers pas sont intéressants. La remise à plat fiscale sera une bonne occasion de voir jusqu'où peut aller la convergence. Les syndicats sont dans une phase nouvelle de maturation, où ils recherchent des compromis entre eux et avec le patronat.

On a l'impression que les syndicats n'apportent aucune solution concrète…

Les syndicats mènent un travail sur plusieurs fronts. Leur action est sans comparaison avec les collectifs fourre-tout, du type «bonnets rouges», qui peuvent avoir du succès à court terme mais ne préparent pas des solutions pour sortir de la crise. Sur le terrain, les syndicalistes cherchent des solutions crédibles et réalistes pour les salariés lors des plans sociaux. Dans les entre¬prises, je sens une volonté de négocier les plans de sauvegarde de l'emploi, y compris de la part des délégués CGT et FO, non-signataires de l'accord interprofessionnel. Les syndicalistes se battent aussi pour l'amélioration des conditions de travail dans les sociétés. Des solutions sont mises en place, qui changent la vie des salariés au quotidien.

Sur le plan national, en quoi pèsent-ils?

Les syndicats vont renégocier avec le patronat la convention d'assurance-chômage début 2014. Cette négociation, comme celle sur la formation professionnelle, sera clé pour les droits des chômeurs. En période de crise, il faut absolument accompagner les demandeurs d'emploi. Et puis les organisations syndicales portent le débat de fond sur la politique économique européenne. Comment faire pour que la rigueur budgétaire n'étouffe pas la croissance? Comment relancer l'économie par l'investissement? Ces questions sont centrales, car le pouvoir d'achat et l'emploi des salariés européens en dépendent.

Croyez-vous à l'inversion de la courbe du chômage?

Avec les emplois aidés, il peut y avoir une inversion ponctuelle. Mais l'inversion durable se produira lorsque la croissance repartira. Il faudra sûrement attendre quelques mois supplémentaires pour que l'économie crée des emplois de qualité.