ANACR2A.jpg Avant qu'on le porte en terre dans le cimetière de son village d'Olivesi nous tenions, ses amis et camarades, à rendre un dernier hommage à Antoine. Un hommage simple pour une sobre cérémonie d'adieu, c'était sa volonté ; un hommage partagé avec Antoinette, elle qui à ses côtés a partagé sa vie et avec lui surmonté les épreuves de la vie d'un combattant émérite de l'émancipation humaine.

Dès l'âge de 16 ans, il participe à ce grand mouvement du Front Populaire dont il devient très tôt un militant actif. Pendant la guerre, en 1941, il est mobilisé dans les Chantiers de jeunesse. Nommé chef de groupe, il y effectuera un service de 9 mois puis retournera à la vie civile. Il retrouve son métier d'agent technique dans les Chantiers navals de La Seyne-sur-Mer puis de La Ciotat. Engagé dans le Mouvement gaulliste en qualité de Chef de dizaine, il prendra rang dans la hiérarchie de la Résistance et gravira tous les échelons jusqu'au grade de Chef de bataillon. Il participera à la libération des Deux-Savoie en tant que Commandant des Francs Tireurs et Partisans, devenu fin 1944 Forces Françaises de l'Intérieur (FTPF/FFI). Il continuera le combat contre l'occupant nazi jusqu'à la victoire. De retour à la vie civile, il sera élu conseiller municipal de la ville de Bagneux dont il sera plus tard maire-adjoint à l'urbanisme, puis chargé de l'information et de la culture. Il exercera ses mandats avec compétence et en faisant preuve d'une grande disponibilité au service de la population. En 1983, il prend sa retraite mais continuera à œuvrer à Ajaccio pour ce qui fut pour le lui le fil rouge de sa vie, à savoir : la cause de ceux qui vivent de leur travail, la cause du progrès social et de l'humanisme.

Son engagement dans la Résistance puis contre les activistes de l'OAS qui faillit lui être fatal, l'exercice de son mandat d'élu à Bagneux, autant d'engagements qui lui vaudront la reconnaissance de la nation : La croix des Combattants Volontaires de la Résistance (CVR), la Croix de guerre et celle de la Légion d'honneur. Toutes ces décorations pour une vie bien accomplie. Mais comme tous les hommes et femmes de cette générations engagés dans la Résistance, c'est cette période de leur vie, à la fleur de l'âge, qui en déterminera le cours. A la question de savoir pourquoi ils s'étaient engagés dans la Résistance, le plus souvent ils répondaient comme Antoine : "Je l'ai fait parce qu'il fallait le faire". Comme si ça allait de soi. En fait, c'était le choix de la dignité contre l'avilissement, le choix de l'humanisme contre la barbarie. C'était il y a plus de 70 ans. Et après ? "Le vent soufflera sur les tombes" chante Anna Marly dans la complainte du Partisan. " La liberté reviendra / On nous oubliera / Nous rentrerons dans l'ombre". Oui mais la flamme de la Résistance éclairera toujours ceux qui refusent "le discours récurrent sur l'inéluctable et l'absence décrétée de toute alternative". La Résistance appartenait à votre temps, Antoine, mais pour le présent et les temps à venir, la Résistance appelle à son dépassement parce que les valeurs et les idéaux qui animaient votre combat ont valeur universelle. Merci à toi et tes camarades de nous avoir laissé ce précieux héritage. Adieu Antoine !

Antoine POLETTI / ANACR 2A. Ajaccio le 2 septembre 2015