Voci Aiaccini "U Bloggu di U ROSSU" Fédération de la Corse du Sud du PCF Supplément officiel à "la Voix d'Ajaccio"

Le génocide arménien: Conférence à BASTIA

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Cent ans après ces événements tragiques pour le peuple arméniens et les chrétiens orientaux de Turquie, Dominique Comelli, professeure agrégée d’histoire géographie, anime une conférence débat la conférence présente le contexte et le récit de ces événements mais s'intéressera aussi à l'actualité s’agissant de la reconnaissance du génocide arménien, en particulier en France et en Turquie et des rapports entre le gouvernement central turc et les kurdes.

L'intégralité sur TERRE CORSE: ''cliquez sur http://terrecorse.tumblr.com/post/1... ''

 

BASTIA - 100 ans -Conference sur le Génocide ARMENIEN

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Cent ans après ces événements tragiques pour le peuple arméniens et les chrétiens orientaux de Turquie, Dominique Comelli, professeure agrégée d’histoire géographie, animera une conférence débat le:

Samedi 19 septembre espace d’éducation populaire Albert Stefanini A._Stefanini_redim.jpg 11 rue césar campinchi à 17 heures 30.

Cette conférence présentera le contexte et le récit de ces événements mais s'intéressera aussi à l'actualité s’agissant de la reconnaissance du génocide arménien,en particulier en France et en Turquie et des rapports entre le gouvernement central turc et les kurdes.

Pour ceux qui souhaiteront rester après la conférence un repas sera servi à 20 heures 30 (participation 10 euros).

Inscriptions au : 06 81 91 85 79

 

Pour votre info..........U Rossu a aimé

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De temps en temps l'Europe bégaie......et depuis longtemps

http://www.marianne.net/les-eco-att...

 

Journée d’étude "Ecologie" du Samedi 25 avril 2015 à la CCAS Porticcio

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Une assemblée, d une soixantaine de participants, motivée et studieuse, attendait les interventions de Charles Mariani , animateur de la journée, et Luc Foulquier chargé par le PCF des questions Ecologie et Environnement depuis 1964.

Nous notions la présence d'amis invités du PG et de EELV avec qui des désaccords peuvent exister sur ces questions, mais prêts à en discuter avec nous, ainsi que nos élus Dominique Bucchini, Etienne Bastelica et Paul Antoine Luciani.

La journée c'est divisée en 2 parties la matinée consacrée à l histoire commune PCF et écologie, en rappelant que ces questions sont prises en compte par les communistes depuis les années 60, et l après midi sur la Climatologie et le réchauffement climatique, responsabilité et enjeux..

Beaucoup d échanges avec la salle, avec entre autres, la production d 'énergie électrique, Tchernobyl et la Corse et Fukushima

Maitrise totale du sujet par l intervenant, pédagogie, anecdotes ont marqué la journée...Et même si des interrogations persistent, journée très positive...Maxime Nordée intervenait sur la poursuite de telles journées d info/formation et sur la transformation des acquis en action sur le "terrain".

Charles Mariani reviendra plus complètement sur la journée prochainement sur Voci Aiaccini-U Bloggu .

 

2015 ANNEE DU CLIMAT

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Section d’Ajaccio -Document préparatoire à la journée d’étude du Samedi 25 avril 2015 à la CCAS Porticcio

Quels apports des communistes dans les débats d’idées pour répondre aux défis de notre temps pour l’avenir de l’humanité.

2015 : nous voilà mobilisés sur 3 élections « locales » : municipales à Ajaccio, cantonales dans tout le pays et territoriales en décembre 2015. On parlera « compétences, mode de scrutin, découpage, budgets… » Or un territoire c’est aussi l’air que l’on respire, la pollution, l’eau douce, la mer, l’environnement végétal et animal, les déchets les rapports entre l‘homme et la nature…

2015 verra se tenir (à Paris) un sommet de l’ONU sur le climat

fin novembre 2015. 196 pays vont tenter de conclure un accord pour contenir le réchauffement planétaire en dessous de 2 degrés. Ce qui impliquerait de réduire les émissions de gaz à effet de serre - le « GES ») de - 40 à - 70% d’ici 2050. Objectif audacieux… Un obstacle de taille : cette réduction impliquerait une remise en cause des dogmes capitalistes - auxquels peu d’Etats sont prêts à renoncer !

Nous avons intérêt à nous positionner sur l’environnement : en y intégrant la vie, le travail, les besoins des hommes. Et à ne pas mettre nos « fondamentaux »dans la poche.

1. Si nous sommes Communistes c’est pour porter le SMIC à1700 euros/ pour une Sécurité d’Emploi et Formation, pour construire 120 000 logements sociaux par an…mais c’est aussi et surtout pour construire un monde meilleur : le communisme c’est le partage des ressources de la planète, le vivre en paix.



Les biens communs de l’Humanité : l’eau, les océans, les sous- sols, les forêts, énergies, la biosphère, les biens culturels, les biens de la connaissance devraient être partagés, ils devraient échapper à la griffe du « marché », ils devraient être gérés selon le principe du « produire autrement, consommer autrement » : notre 36e congrès Le PCF réaffirme avec force tous ces objectifs (Humanifeste du PCF page 20 36e congrès, février 2013).

2. Nous assistons au contraire - en Corse comme ailleurs - à une spoliation des ressources de la planète : le capitalisme abime la terre, détruit les paysages, méprise l’environnement, et casse le lien social. Ici ou là, des vallées, des plaines sont dévorées par le béton…sans que le citoyen - contribuable aie vraiment l’impression d’avoir été consulté !

Notre planète doit alimenter 7 milliards d’individus (= 9 milliards d’ici 2050). Or dans de nombreux pays, l’humanité est privée de l’essentiel : les droits de l’homme « basiques » (droit à la paix, à la nourriture, à une eau potable, au travail, à l’Education, au logement…) sont ignorés.

Un Terrien sur trois sera africain en 2100 INFOGRAPHIE - La population africaine va quintupler tandis que l'Europe va être le seul continent à perdre des habitants au cours du XXIe siècle, selon les projections de l'Ined, qui table sur 10 milliards d'humains en 2100. La France, elle, va continuer à gagner des habitants.



Le réchauffement climatique mis en doute dans les années 90-2000, est aujourd’hui devenu une lourde préoccupation (cf rapport du GIEC, 2013) Au rythme actuel de diffusion des gaz à effet de serre (GES) les activités humaines dégagent 10 milliards de tonnes de CO2 par an) la température pourrait croitre de 3 à 4° à la surface du globe d’ici 2100 -2014 a été l’année la plus chaude depuis les premiers relevés de t° de 1864 –

Le niveau des océans a monté 19 cm depuis 1901 - avec des conséquences déjà visibles sur les terres basses, iles du Pacifique… (4/5e de l’humanité vit dans en zone littorale) La qualité des océans se dégrade : le taux d’acidité des mers est monté de + 26% depuis la révolution industrielle (1850). L’océan se réchauffe, s’acidifie, perd de l’oxygène, ce qui menace de nombreux écosystèmes Les espèces (variétés) végétales et animales reculent : 20 à 30% des espèces sont menacées d’extinction. (Hannibal capturait ses éléphants dans le Sud Tunisien…il faut désormais parcourir des milliers de Kms au sud pour en apercevoir !) - les sécheresses réduisent de nombreuses zones lacustres (il y a 10 000 ans le Sahara était une mer, on retrouve au fond des cuvettes de sable des vertèbres de 3 - 4 cms…vestiges de beaux poissons (carpes) exigeant des eaux profondes et bien oxygénées)

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Fête de Terre Corse

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Invitation aux camarades:

Nous t'invitons demain mardi 2 décembre à 10 heures 30 Espace Albert Stefanini 11 rue César Campinchi à une conférence de presse de présentation

  • de la 55ème Fête de Terre Corse qui aura lieu samedi 6 et dimanche 7 décembre
  • de la 3ème saison de rencontres débats de Terre Corse qui se déroulera du 8 au 11 décembre
  • de la journée jeunes talents du rock qui aura lieu le samedi 27 décembre

Michel Stefani et César Fazzini

 

Diffusion le Mardi 10 juin à 21h 15 à Marinca Porticcio du documentaire

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" La CCAS ou l'arbre de vie".

En présence d'Alexandre COURBAN,

Docteur en Histoire : « L'humanité (avril 1904-août 1939). Histoire sociale, politique et culturelle d'un journal du mouvement ouvrier Français ».

Qualifié aux fonctions de Maître de Conférence.

Président de l'association " Mémoires de l'Humanité", déposant des archives du journal l'Humanité versées aux archives départementales de la Seine St Denis.

Chargé de mission auprès du comité d'histoire de la CCAS depuis le 1er septembre 20

 

Les langues régionales : bien commun à promouvoir

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Une chronique de Jean CHASSAIGNE

Le plurilinguisme est une expression de la richesse de la société française. La France doit accepter sa diversité linguistique et, plus encore, en faire un atout. Cette exigence, les parlementaires communistes la portent majoritairement depuis longtemps : deux propositions de loi allant dans ce sens avaient été déposées dès les années quatre-vingt. Assurer la protection des langues régionales ou minoritaires historiques de l’Europe et favoriser le droit de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans la vie privée et publique sont deux objectifs nécessaires à la défense de notre patrimoine national. En outre, comment revendiquer la diversité culturelle et linguistique dans le monde face à l’hégémonie de l’anglo-américain et, dans le même temps, la refuser à l’intérieur de notre pays ?

La valorisation de la richesse linguistique en France et dans le monde participe à la défense de la langue française, langue de la République. Aussi, c’est en toute logique que nous avons soutenu le processus législatif en vue de la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, même si nous considérons que celle-ci est incomplète, en particulier en ce qui concerne les langues issues des immigrations, parlées par nombre de nos concitoyens. En effet, la charte comporte, à l’article 1er, une définition restrictive de l’expression « langues régionales ou minoritaires » qui exclut de son champ d’application les dialectes de la langue officielle et les langues des migrants. Il faut ainsi réaffirmer la nécessité et l’urgence d’accentuer un apprentissage des langues de l’immigration au sein du système éducatif, en particulier de l’arabe, au même titre que les autres langues vivantes.

De même, j’ai alerté sur le risque d’un nivellement linguistique par l’utilisation d’expressions unitaires courantes comme « l’occitan », qui peuvent mener à une élimination de toutes les variantes de la langue d’oc, laquelle est pourtant marquée par des formes particulières. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité que la liste des langues régionales auxquelles s’appliqueront les engagements pris par la France soit exhaustive, de façon à assurer la promotion de toute la diversité linguistique de nos régions. Patrimoine immatériel vivant, une langue ne se décrète pas, elle se vit et se transmet par ses locuteurs.

Au-delà de ces remarques, je comprends les inquiétudes qui se font jour, y compris au sein de notre groupe. Je considère cependant que le texte y répond avec la réaffirmation expresse du principe d’égalité de tous les citoyens sans distinction d’origine et du principe selon lequel la langue de la République est le français. Ce dispositif juridique permettrait de garantir que nos principes constitutionnels prévaudraient sur des interprétations abusives de la charte.

La proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale constitue ainsi un bon compromis. Nous espérons que cela conduira la France à mettre en œuvre une véritable politique nationale de promotion et d’encouragement des langues régionales, qui devrait être étendue à toutes les langues de France, en respectant la diversité de leur usage local. Elles sont notre bien commun ; elles concourent à la créativité de notre pays et à son rayonnement culturel.




Chronique publiée dans le journal La Terre.

 

SAMEDI 8 MARS 15H au Musée de Bastia. Journée de la femme.

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Conférence « Marie Bonaparte et la Psychanalyse » par alain de Mijolla, historien et psychanalyste.

Marie Bonaparte, « princesse Bonaparte », puis, par son mariage, princesse de Grèce et de Danemark, est née le 2 juillet 1882 à Saint-Cloud (dans les Hauts-de-Seine) et morte le 21 septembre 1962 à Gassin (dans le Var). C’est une princesse, une écrivaine et une pionnière de la psychanalyse en France.

Manifestation organisée dans le cadre de la journée de la femme par l’association Isula Viva et la Municipalité de Bastia

 

LA RÉSISTANCE CORSE, ENTRE HISTOIRE ET RÉCUPÉRATION

ANACR2A.jpg communique à "U Rossu"

Le soixante-dixième anniversaire de la libération de la Corse a été l'occasion de nombreuses cérémonies et manifestations de toutes sortes, avant, pendant et après la date officielle du 4 octobre 2013.

Que ce soit au niveau des médias (presse et télévision), des associations (ANACR et ONAC), voire de l'Éducation nationale, tout a été fait pour que l'événement revête un caractère particulier et symbolique.

En effet, par delà son aspect cérémoniel et officiel, cet instant de notre Histoire collective avait avant tout pour but de rassembler, en un seul et même élan, toute une communauté autour d'une, si ce n'est, la plus belle page de notre aventure commune.

Pourtant, il semblerait, à travers les enjeux – légitimes – de la mémoire, que l'on assiste, chez certains courants intellectuels, voire politiques, à une tentative de réécriture, très interprétative, de la résistance corse, et ce, au regard de l'évocation de quelques figures emblématiques, telle que celle de Jean Nicoli. Ce héros et martyr est-il mort principalement pour la Corse, conjoncturellement pour la France, idéologiquement pour son parti ? Ce sont les deux premiers termes du triptyque qui, aujourd'hui, nourrissent un débat dont il faut clarifier les aspects et démasquer les motivations profondes. Pour cela, il convient de convoquer devant le tribunal de l'Histoire les faits et leur contexte.

Les premiers sont clairs : dans sa dernière lettre, Jean Nicoli écrit, entre autres : « Je meurs pour la Corse et pour mon Parti ». Quelle connotation donner à cette phrase ? Celle-ci est simple : l'attachement viscéral à son lieu d'origine et la fidélité à son idéal. Doit-on y voir, par une lecture entre les lignes, une arrière-pensée politique quant au sens à donner à la première partie de phrase ?

Autrement dit, comme certains semblent l'interpréter à dessein : Jean Nicoli est mort pour la seule Corse, et, de ce fait, s'est battu uniquement et avant tout pour sa libération, à l'instar des héros corses qui, avant lui, avaient secoué le joug des occupants successifs (Génois et Français). Pourtant, à l'image de Fred Scamaroni, la question n'est pas de savoir si l'un se battait pour la France ou si l'autre se battait pour la Corse. Le véritable problème, au regard du contexte de l'époque, était double : d'une part, et, quelle que soit l'échelle – locale, nationale, internationale -, il s'agissait de libérer un territoire occupé par l'ennemi, ce paramètre transcendant toute idéologie. D'ailleurs, comme le rappelait le regretté Jean-Baptiste Fusella, dans cette métaphore : « Lorsque la maison brûle, on n'a que faire de l'opinion politique ou religieuse de celui qui vous tend le seau ». PARTISANSCORSES.jpg Effectivement, à l'exemple du résistant insulaire, et c'est un truisme que de l'affirmer, celui du Gers, des Hautes-Alpes, voire du Limousin, se battaient pour soustraire, d'abord et avant tout, leur terre natale au joug de l'envahisseur et du régime de Vichy. C'est cette situation de légitime défense qui primait sur toute considération identitaire, idéologique ou religieuse. Il est évident que les référents culturels et historiques de chacune des régions occupées servaient d'éléments rassembleurs (Sampieru, Paoli pour les Corses). Cependant, ils étaient principalement des supports psychologiques et incitatifs à l'action commune. Dans un autre contexte, celui du conflit germano-soviétique, Staline, au lendemain de l'invasion du territoire soviétique, en juillet 1941, n'a-t-il pas fait appel au souvenir des héros tutélaires de la Russie (Alexandre Nevski, Koutouzov, Souvorov), c'est-à-dire ceux de l'Ancien Régime tsariste ?

D'autre part, et c'est là, me semble-t-il, l'aspect essentiel, voire fondamental, il ne faut pas perdre de vue la dimension planétaire de la guerre 39-45. C'est dans ce cadre global que s'ordonnaient les différentes échelles (théâtres d'opérations, territoires occupés), car, libérer la Corse, c'était également s'inscrire dans la libération du territoire national (cadre administratif de référence pour la Corse), lui même maillon (front Ouest) d'une chaîne internationale. À cela, il convenait d'adjoindre le caractère idéologique du conflit qui était celui de l'affrontement de deux systèmes, voire de deux visions du monde : d'un côté, les démocraties (États-Unis, France libre, Royaume-Uni), alliées, il est vrai, par le jeu des circonstances – invasion de l'URSS par l'Allemagne nazie –, au totalitarisme stalinien ; de l'autre, le fascisme et le nazisme.

Aussi, l'alternative était la suivante : la liberté ou la servitude. Donc, une double motivation a déterminé l'action résistante : vaincre un occupant afin de libérer des peuples et territoires asservis ; éradiquer des forces idéologiquement malfaisantes afin de restaurer des valeurs jugées fondamentales pour la civilisation. En Corse, l'action résistante a, comme nous l'avons souligné plus haut, dépassé les clivages partisans, du fait de la constitution d'un Front national – avant-gardiste sur le territoire métropolitain.

Cette démarche était nécessaire, eu égard à la densité d'occupation imposée à l'île : 94000 soldats italo-allemands, soit un occupant pour deux habitants (cela correspondant, au regard de la population française de 1939, à 13000 000 de soldats allemands sur le sol continental). Unis dans un même élan, les « combattants de l'ombre » ne peuvent se voir imposer, après coup – une fois le dénouement connu -, une dualité mémorielle, communiste/gaulliste, voire communiste/nationaliste, comme le suggère le documentaire diffusé dernièrement sur Via Stella, lequel était consacré aux portraits croisés de Jean Nicoli et Fred Scamaroni. Le premier et le second avaient pour seul et unique objectif, par delà leurs croyance et idéologie, la libération de leur île, agrégée, administrativement, au territoire national.

Vouloir opposer les mémoires, c'est dissocier de l'élan commun, les différents acteurs de la Résistance, conduisant ainsi à des écritures de l'histoire, davantage basées sur des partis pris que sur l'appréhension, déjà difficile, de la vérité scientifique. S'agissant des motivations des deux héros/martyrs précités, la phrase prononcée par le général de Gaulle, le 8 octobre 1943 à Ajaccio, peut servir de point de référence, dans le contexte du moment. Lorsqu'il dit : « La Corse a la fortune et l'honneur d'être le premier morceau de terre libérée de la France », aucune voix ne s'est élevée, pendant et après, pour affirmer: « Non, mon général, la Corse n'est pas un morceau de terre française... »

Le message était clair : la Corse libérée constituait une étape vers la libération nationale. D'ailleurs, l'exemple corse déclencha un élan d'enthousiasme et de solidarité de la part des maquis continentaux, comme en témoignait l'intitulé de l'affichette éditée par le Front National de Loir-et-Cher, en novembre 1943 : « On les a eus ! En Corse, le 11 novembre 1943 sera aussi la fête de la Résistance ! » Ce seul exemple illustre avec à propos le caractère national de la Résistance, par delà les particularités locales. Aurait-on pu imaginer des libérations dissociées, c'est-à-dire isolées du vaste mouvement d'ensemble métropolitain ?

Cela aurait rendu caducs le programme du CNR et l'action du GPRF, surtout dans la conjoncture de l'époque, à savoir celle de la reconstruction de l'unité nationale, sachant que le pays, battu et humilié en 1940, se devait de retrouver son indépendance et son prestige international. Arthur Giovoni, un des principaux dirigeants du Front National, évoquant l'action de la Résistance corse, déclinait les trois objectifs que celle-ci s'était fixés : chasser l'occupant, remplacer le régime de Vichy, donner la parole au peuple. Dans cette optique, des années plus tard, il confirmait : « La Résistance corse n'appartient à aucun parti, elle appartient au peuple ». S'exprimant ainsi, il évacuait toute velléité de récupération par une quelconque formation politique, lui qui fut attaché, toute sa vie, à un parti, idéologiquement marqué.

Un autre responsable, local cette fois-ci, de la Résistance insulaire, prononçant un discours, le 11 novembre 1943, devant le monument aux morts de Calacuccia (Niolu), affirmait : « Le Front national dont j'ai l'honneur d'être le représentant dans ce canton, s'empara des pouvoirs et proclama la Corse adhérente à la France libre. La Corse, premier département libéré, avait l'honneur et la charge de s'ériger en exemple aux yeux des autres départements français de la métropole qui auront prochainement leur grand jour ». Paroles édifiantes qui signifiaient, en contextualisant le moment : la Résistance corse était bien, à cet instant précis, la Résistance française. En observant et en analysant les termes de l'argumentation développée dans les lignes qui précèdent, on ne peut que s'interroger sur la nature implicite du discours qui sous-tend le reportage consacré au parcours résistant de Jean Nicoli, quant à ses motivations profondes.

Ce discours semble relever plutôt d'un processus de récupération politique que d'une lecture neutre des événements, surtout si l'on prend soin de se référer à la dimension scalaire et géopolitique, autrement dit l'interaction Corse, territoire national, front Ouest, Europe tout entière, voire monde. Après sept décennies, les convulsions mémorielles sont loin d'être apaisées, et, comme le soulignait Laurent Douzou, dans un ouvrage paru il y a une décennie, la Résistance française demeure une « histoire périlleuse ».

En Corse, espace insulaire où les relations de proximités sont démultipliées, caractérisé par une prégnance des structures familiales et claniques depuis des siècles, il est évident que cette page d'histoire, glorieuse et trouble à la fois, souvent mythifiée, voire dénaturée par une mathématique élastique, au lendemain de la Libération, est loin d'être complètement écrite, dans la mesure où un certain nombre d'interrogations demeurent en l'état. Pour ces motifs, il convient d'être prudent dans l'analyse, l'interprétation et la compréhension des événements, dans un domaine où il est difficile de séparer le pur de l'impur, tant furent subjectives et circonstancielles les motivations des acteurs et témoins, impliqués, de près ou de loin, dans l'action clandestine. C'est à cette prudence et à cette distance que l'historien doit se conformer, en évitant toute influence affective ou idéologique, tout discours péremptoire qui, par nature, déformerait, voire altérerait l'écriture « objective » de l'histoire.

Seuls, les documents incontournables, les témoignages corroborés des acteurs et témoins authentiques, à partir des confirmations successives des uns et des autres, peuvent constituer les gages d'une relation au plus près de la réalité historique. Aujourd'hui n'est plus hier, et, à ce titre, on ne peut, sans contextualiser, accaparer la conjoncture d'alors pour justifier, en 2014, ce que 1943 avait de propre, car, les circonstances étaient celles d'alors. La Résistance ne peut-être, de nos jours, la caisse de résonnance d'un quelconque courant idéologique, voire d'un discours orienté qui prétendrait à une réécriture de l'Histoire, remettant en cause les motivations, communément admises en leur temps, de ceux qui s'étaient engagés dans le dur combat de la clandestinité. Elle est avant tout l'aventure douloureuse et glorieuse d'hommes et de femmes, qui, à un moment de leur existence, ont refusé de se résigner à la défaite et à l'occupation ennemie.

Le devoir de mémoire impose, avant tout, un devoir d'histoire, c'est-à-dire celui qui allie souci de vérité scientifique, qu'elle qu'en soi la charge émotionnelle, et détachement vis-à-vis de toute intrusion idéologique, partisane ou affective. C'est à l'aune de ce principe que doit se faire l'étude de la Résistance corse, afin que cet événement prenne toute sa dimension symbolique dans la longue histoire de notre île, et, surtout, conserve son rôle de référence unitaire dans l'esprit des générations actuelles et futures. Dont acte.

Hubert LENZIANI

1 Émission du mois de janvier 2014. 2 Bulletin du CNRD 2014. 3 Laurent DOUZOU, La Résistance française : une histoire périlleuse, Seuil, Point Histoire, 2005.

 

« NOUVELLES LOIS DE DECENTRALISATION : ENJEUX D’AVENIR » L’EXPERIENCE DE LA CORSE

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DOMINIQUE BUCCHINI – UNIVERSITE D’ETE AOUT 2013

Le thème de notre atelier est à la fois très précis - les lois de décentralisation en cours de discussion au Parlement - et très large puisqu’il nous conduit à traiter des enjeux de la décentralisation en général, dans un contexte où la déclinaison à l’échelle des territoires de l’ordre néolibéral imposé par la Commission Européenne vient pervertir les perspectives démocratiques portées par le mouvement décentralisateur. Il est également à géométrie variable, dans la mesure où, pour ce qui me concerne, je l’aborderai à partir de la Corse, c'est-à-dire d’une région métropolitaine, certes, mais périphérique et à statut particulier. Il s’agit, en effet, de verser au débat l’expérience et la réflexion en cours dans une partie du pays se trouvant déjà hors de l’uniformité institutionnelle qui est au cœur du « grand récit national » français. La décentralisation entame une nouvelle étape après les lois fondatrices des années quatre-vingt et l’ « Acte II » des années 2000. Le projet de loi - découpé en trois textes - a été présenté en Conseil des ministres le 10 avril et la première lecture du premier texte - projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles - s’est achevée le 23 juillet à l’Assemblée nationale ; la seconde lecture doit intervenir à la rentrée. Dotée d’un « statut particulier », la Corse n’est pas dans la même situation que les régions françaises par rapport à la réforme initiée par François HOLLANDE, pas plus qu’elle ne l’était par rapport à la loi de décembre 2010. Celle-ci ne la concernait que pour l’intercommunalité ; celle de 2013, tout au moins dans son premier volet, ne la touche que modérément. Cependant, aujourd’hui comme alors, le Gouvernement attend de la Collectivité Territoriale de Corse des propositions relatives aux évolutions institutionnelles souhaitées. Notons d’ailleurs que l’évolution statutaire de l’île n’a jamais été déconnectée de l’évolution nationale. Le statut particulier, en 1982, était concomitant de la loi générale de décentralisation pour les communes ; les modifications introduites par la loi de janvier 2001 (à l’issue du « processus de Matignon ») précédaient de peu les lois de 2002 et 2004 et les propositions de rénovation statutaire que nous sommes appelés à faire se situent dans le timing de l’ « Acte III ». Ainsi, la Corse participe bien de ce mouvement général de décentralisation engagé en 1982, mais à sa manière, à sa propre vitesse et peut-être, dans l’étape présente, de façon plus différenciée. Mon propos consistera donc à présenter le statut particulier qui régit la CTC au travers de ses modifications depuis trente ans ainsi que l’état des propositions résultant de trois ans de travaux de notre Commission des Compétences Législatives et Règlementaires qui viendront en discussion à l’Assemblée de Corse le 25 septembre prochain. Ce faisant, je tâcherai de distinguer les enjeux liés à ces perspectives d’évolution, en termes d’attentes sociales, de latitude laissée aux collectivités pour mener des politiques progressistes, de risque ou d’avancée démocratique enfin.

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TERRE CORSE du mois de Juillet est paru

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Cliquez sur le lien http://terrecorse.tumblr.com/

 

TERRE CORSE

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Notre petit frére Terre Corse Net de MARS est paru.....

Vous le trouverez à http://terrecorse.tumblr.com/

 

Les "Rencontres Cinéma Histoire"

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Les "Rencontres Cinéma Histoire" organisées par l'ANACR 2A se dérouleront cette année du 8 au 11 avril prochain.

Les 8 et 9 avril à Ajaccio à l'Espace Diamant et les 10 et 11 avril à la CCAS MARINCA Porticcio.



Cette année, 70ème année de la libération de la Corse, nous aurons en avant première un très beau film-documentaire sur Léo Michelli, avec Léo Michelli "Nom de code : Léo". Nous aurons également "l' homme qui viendra" film italien (l'Oradour-sur-glane italien), "faire quelque chose" film-documentaire sur la rencontre de quelques-uns des derniers résistants français (femmes et hommes) de la seconde guerre mondiale, sans oublier "Tous Bandits d' honneur" d' après l' ouvrage de Maurice Choury. Pour les élèves du CM2 "le journal d'Anne Frank" et pour les secondaires "la vague".



Vous trouverez en Annexe le dépliant que vous pourrez imprimer ou telecharger .



Cet événement sera suivi par "U ROSSU" au moins une fois par semaine. ANACR2A.jpgContact Marléne RASORI

 

SERVICES PUBLICS!!! « Nationalisation. Pôle public de l’Énergie ? » UNE APPROPRIATION SOCIALE CLAIREMENT ASSUMÉE

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Intervention de Mr Anicet Le Pors Ministre Communiste du gouvernement Mauroy/Miterrand

Hommage à Marcel Paul – Fédération nationale des Mines et de l’Energie CGT et Institut d’histoire sociale Mines-Énergie CGT – 12 décembre 2012

Je remercie la Fédération nationale des mines et de l’énergie CGT et son Institut d’histoire de m’associer à cet hommage à Marcel Paul pour le 30e anniversaire de sa disparition. Je me souviens m’être rendu, dès que j’ai appris son décès en 1982, là où il reposait. J’avais alors été responsable à la section économique du PCF des nationalisations et de la politique industrielle, et je continuais de me sentir concerné par la question comme ministre le la Fonction publique et des Réformes administratives. Je pense que le meilleur hommage que l’on puisse rendre à Marcel Paul aujourd’hui est de continuer à discuter de ces questions comme vous le proposez.

J’ai beaucoup apprécié les rapports de François Duteil et de Marie Claire Cailletaud, très riches et pleins d’idées. Si j’avais pu en avoir connaissance avant cette intervention j’aurais sans doute été amené à compléter voire à nuancer certains des propos qui vont suivre. François Duteil m’a assigné comme rôle de « bousculer » le débat. Ce n’est pas mon objectif si ce peut être une conséquence. Je ne veux pas nourrir de faux procès mais je veux dire d’entrée que je suis très réservé sinon hostile à l’idée de « pôle public ».

Tout d’abord, sans vouloir développer une querelle sémantique, je pense le mot inapproprié. Le dictionnaire associe le mot « pôle » au mot « extrémité » et nous dit que les pôles vont par deux : nord-sud, positif-négatif, et sans doute, donc, public-privé. Si l’on remplace pôle par extrémité on aboutit à des formules absurdes. Si l’on retient la dualité public-privé, cela revient, à côté du pôle public à reconnaître un pôle privé concurrent ; cette institutionnalisation d’un pôle privé n’est peut être pas le meilleur moyen de promouvoir l’intérêt général. De même que le recours à la notion d’ »économie mixte » qui recouvre des contenus très variables Victor Hugo disait : « La forme c’est du fond qui remonte à la surface ».

Ensuite quel fond justement ? La nationalisation correspond à une volonté de transformation structurelle de la société. Elle se situe sur un terrain éminemment politique du rapport de forces entre catégories et classes sociales. Le pôle, à l’inverse, en raison de sa large indétermination, se situe essentiellement sur le terrain de la « gouvernance », autre mot à la mode. C’est une régression politique. Enfin, c’est aussi une régression idéologique. La question de la propriété publique, majeure aussi bien à la Libération que dans les années 1960 à 1980, n’intéresse plus guère comme je peux m’en rendre compte au cours de mes interventions à travers la France. Il faudrait au moins justifier cette désaffection. Ce n’est pas le cas, l’idéologie libérale l’a emporté sur la volonté politique de transformation sociale. Comme nous sommes dans un Institut d’histoire et que le thème proposé « de la nationalisation au pôle public » nous y invite, je pense en effet qu’il faut, en premier lieu, situer cette réflexion dans une perspective historique. En deuxième lieu je tenterai de remettre sur le chantier le concept de propriété publique. En troisième lieu, je m’efforcerai de dégager quelques éléments pour le débat et l’action.

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Naissance d'un GRAND frére....Terre Corse sur le net

TERRE-CORSEnet.jpgTerre Corse, mensuel de sensibilité communiste paraît depuis les années 30, période pendant laquelle il devint le journal fer de lance du combat contre la montée du fascisme puis des patriotes pendant l’occupation jusqu’à la libération fondée sur l’insurrection populaire.

Sa devise « Forti saremu si saremu uniti » est celle de Pascal Paoli. Elle s’adresse en priorité « aux spoliés de la terre » ceux au nom desquels Jean Nicoli clamait son engagement de communiste Résistant jusque devant ses bourreaux les chemises noires.

Terre Corse, en portant cet idéal progressiste d’émancipation humaine, participe de la pluralité de la presse et en défend la liberté. Lorsque le pluralisme de la presse est bafoué les travailleurs, les plus modestes sont les plus touchés.

L'affirmation de ce choix à travers le temps nous conduit aujourd’hui à prendre en compte les conditions nouvelles du débat d’idées qui se fait aussi par internet.

http://terrecorse.tumblr.com/

Disposer d’une telle information c’est se donner plus de force pour comprendre, lutter, résister et prolonger le combat émancipateur du mouvement ouvrier dans une période où la pression du capitalisme financier se fait plus rude.

 

L’exil et le partage

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Après le PDG Bernard Arnault, c’est l’acteur Christian Clavier qui prend le chemin de l’exil. Certes, protestant de ses bonnes intentions, M. Clavier ? dont la fortune n’égale évidemment pas celle de M. Arnault -- indique qu’il ne cherche qu’à fuir des tracasseries dont il serait l’objet en raison de son amitié avec l’ancien président de la République. Qui n’entend toutefois résonner, derrière ce voyage mené à grand bruit médiatique, la sempiternelle antienne de la victimisation, qui cherche aujourd’hui à faire accroire que la France serait devenue en quelques mois une terre de persécution économique, professionnelle ou morale ? Le chanteur Johnny Halliday, autre malheureuse victime du couperet fiscal, la scande lui aussi depuis de nombreuses années, principalement chaque fois que la gauche accède au pouvoir. Ces personnalités qui, comme chacun sait, ont toujours brillé par leurs idéaux progressistes et leur engagement social, seraient devenues ? il le faut croire - les boucs émissaires des idéologues socialistes et de l’esprit revanchard qui sévirait depuis l’élection de M. François Hollande. Mme Laurence Parisot, présidente du Medef, enfonce d’ailleurs le clou à sa manière, s’indignant du fait que l’on associerait aujourd’hui systématiquement, d’un point de vue sémantique, le mot « patron » à celui de « voyou ». Mais M. Clavier, qui certes a bien le droit de s’installer où il veut, semble flirter de plus avec notre mémoire collective, habitée de grands exilés prestigieux, comme Hugo à Guernesey ou De Gaulle à Londres. En se « réfugiant » précisément dans la capitale britannique, centre du monde financier, c’est un double message subliminal qu’il cherche sans doute à envoyer à notre imaginaire national : celui de la « liberté » que symboliserait le monde du libre-échange de la City, mais aussi celui d’une Résistance qu’il faudrait mener contre une France devenue socialiste, livrée aux démons de la démagogie et en proie à la chasse aux sorcières.



L’attitude de ces personnalités, sous laquelle on lit plutôt, cousu de fil blanc et or, le refus d’un certain nombre d’élites de jouer le jeu de la démocratie et du partage, n’a en fait rien de nouveau. Louis XVI, qui s’enfuit à Varennes, nourrissait l’espoir de rejoindre la coalition anti-française. Son frère cadet Louis XVIII, ramené « dans les fourgons de l’étranger » par la première Restauration, prenait à nouveau la fuite au début des Cent Jours, misant sur la défaite de la France pour récupérer son trône, tandis que le peuple, unanime, portait l’Empereur en triomphe. Dans l’Histoire plus récente, sous le Front Populaire, les capitaux, et quelques patrons avec eux, quittèrent la France sans être des hirondelles. « Plutôt Hitler que le Front Populaire ! » s’exclamait-on dans l’entourage du parti de Daladier. Cette haine, qui naît essentiellement du refus du partage, prend sa source dans la détestation que, depuis 1870 puis la Commune, les secteurs monarchistes, et par la suite bourgeois, nourrissent envers la République, celle des « partageux », qu’ils appellent avec mépris « La Gueuse » : une insulte au féminin, qui prend évidemment volontairement à rebours l’image de Marianne et de la Liberté guidant le peuple de Delacroix.

Le refus du partage

Or, le refus du partage, s’il est assimilable à l’égoïsme en termes moraux, appelle une analyse au plan politique et social. Sa condamnation est historiquement liée au christianisme, qui fait de la pauvreté une ascèse (les ordres mendiants) et du partage une vertu (« il est plus aisé à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu »), voire une hagiographie (saint Martin donnant son manteau à un pauvre) que sous-tendent à la fois l’amour du prochain et une eschatologie fondée sur l’espérance d’une vie éternelle délivrée de toute souffrance. Dans l’ordre politique, et notamment dans les utopies socialistes naissantes, c’est dans le Royaume de ce monde, "le lieu où l’homme donne toute sa mesure » pourrait-on dire avec Alejo Carpentier et Albert Camus " , qu’est censé se réaliser l’avènement d’une société meilleure, finalité de toute existence humaine. La notion de partage (qui recoupe quelque peu la vertu théologale première de la charité) y est donc essentielle. Elle ne consiste ni en un don volontaire ni en une aumône, mais en un ethos et une posture civique, traduits en une forme d’organisation sociale qui, à des degrés divers, entend procurer à tout être humain une vie digne et juste via une contribution collective équitable, comme la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen l’exprime en stipulant que chacun concourt au bien public en fonction de ses facultés.



Cette exigence heurte de plein fouet l’égoïsme naturel et l’appétit bourgeois d’accumulation des richesses qui l’encourage, exprimé par le fameux « Enrichissez-vous ! » de Guizot sous le second Empire. Le refus du partage (corollaire de la recherche du profit exclusif) est devenu la base de la société compétitive et de l’ordre privé, évidemment opposés au bien public et à l’Etat, qui ne constituent plus, dans le monde libéral, qu’un rouage administratif de la machine à gérer la compétition universelle, qui a inventé en parallèle la délicieuse expression de « politiques de lutte contre la pauvreté », comme si cette dernière était un facteur externe (et non une résultante) du système économique dominant.



Sous les Trente Glorieuses, en raison de la menace du communisme et grâce à la planification menée par l’Etat, la société capitaliste a su trouver un certain équilibre et des compromis efficaces permettant d’éviter les crises sociales et de faire fonctionner l’ascenseur social. Or, aujourd’hui, fruit du « laissez faire, laissez passer » libéral, le déphasage entre une part des élites possédantes et la majorité de la population a pris des proportions abyssales.



Le partage n’en devient que plus légitime et à la fois plus contentieux. L’argument éternellement avancé par ses détracteurs n’est pas qu’il serait injuste en soi, car cette déclaration serait éthiquement irrecevable : il s’agit surtout d’affirmer, par le truchement d’un discours pseudo-scientifique, que le partage est économiquement une erreur de stratégie, les taux d’imposition élevés entraînant le découragement des initiatives créatrices de richesse et conduisant à l’exil les talents et les capitaux. En deux mots, l’avènement d’un principe reconnu juste est nié en cela même qu’il prétend s’opposer à l’injustice : ce n’est pas tant la faute morale qui consiste à partir avec la caisse qui est mise en avant, que le prétendu manque de réalisme économique de ceux qui sont accusés de la provoquer?



Jusqu’où la richesse est-elle légitime ?

Cette attitude soulève plusieurs questions, en tout premier lieu celle ? bien ancienne et toujours actuelle -- de la légitimité de la fortune. Un autre leitmotiv de la pensée unique justifie en effet les gains colossaux des uns non seulement par la liberté absolue d’entreprendre, mais par la création de richesses dont tous les autres sont censés bénéficier. Tout économiste sait pourtant, hormis dans l’économie extractive ou dans l’agriculture, la « richesse » dont il s’agit n’est produite ni ex-nihilo ni du sein de la terre. Il n’est nul besoin d’avoir recours à une analyse marxiste pour comprendre que le commerce capte, fait circuler et amplifie (plus-value) des flux de valeur, représentant le travail des uns et des autres, calculés notamment sur les besoins, à travers l’offre et la demande des biens nécessaires à l’être humain. Certes, l’émulation économique restera toujours un ressort essentiel de l’action humaine et l’ingéniosité, le talent et le savoir-faire des dirigeants d’entreprises ne sauraient être tenus pour quantité négligeable. Mais les milieux possédants qui se sentent aujourd’hui spoliés oublient, ou veulent oublier, que toute richesse n’est produite que par autrui, et que même (ou surtout) si elle a été accumulée au fil des générations, parfois par pure prédation, elle l’a été grâce à celles et ceux « qui ont construit de leurs mains leurs usines », pour paraphraser une belle chanson connue.

La hauteur des rémunérations (qui jauge la différence qu’une société accepte d’instaurer entre individu et un autre) constitue le deuxième point de ce débat ancien : curseur que l’on place à un niveau variable, selon que l’on considère que l’égalité économique entre les citoyens doit être totale (position extrême), relative (c’est le cas de l’Etat-Providence et de son pacte social) ou au contraire inexistante (la loi du plus fort permettant alors un échelonnage sans limite, où un individu peut « valoir » autant que dix mille autres).

Au delà des arguties rhétoriques que M. Sarkozy, ignorant le principe des vases communicants, opposait à M. Hollande lors de la campagne électorale (« vous voulez moins de riches ; moi je eux moins de pauvres »), on peut situer ici de manière assez nette la ligne de fracture traditionnelle entre la droite et la gauche, pour qui la solidarité consiste à corriger équitablement la répartition de la richesse disponible. Et nous savons bien que les prélèvements, mêmes élevés, opérés sur des fortunes immenses laissent encore à leurs propriétaires une aisance extrêmement supérieure à celle du reste des citoyens. On cherche ainsi un équilibre raisonné entre la compétition et la solidarité, la première ne pouvant qu’être au service de l’autre et non l’inverse.



De quel argent parle-t-on enfin ?

Comme on peut le voir, certaines élites économiques françaises, nationalistes quand il leur plaît mais cosmopolites au gré de leurs intérêts, professent un patriotisme à géométrie variable qui les fait parfois se ranger contre ou en marge de la Nation.

Il faut cependant se garder de toute caricature, simplification à outrance ou généralisation excessive, et garder à l’esprit les proportions qui s’imposent. Pour indécentes qu’elles soient, les rémunérations des capitaines d’industrie (et des grandes figures du show business ou du sport) apparaissent finalement secondaires face aux sommes encore plus astronomiques que les exigences des marchés et le poids du service de la dette font peser sur les peuples, au sein d’un système financier global qui prétend dépouiller les gouvernements du monde de leur souveraineté et ne leur laisser que le soin de gérer, avec plus ou moins d’équité et de justice selon qu’ils sont de gauche ou de droite, les miettes de son festin.

A cet égard, les péripéties de MM. Arnault, Clavier et consort, que les médias mettent en exergue, risquent davantage de détourner l’attention du public sur les « mauvais riches » que de l’aider à identifier les véritables pompes aspirantes de la richesse des nations.




Gérard Teulière

 

ETRANGES ETRANGERS....................

Aujourd'hui "U Rossu" redécouvre et veut vous faire partager......

Dans ce poème, l’auteur s’engage auprès des émigrés et s’élève contre les conséquences des colonies françaises. Loin d’une argumentation purement rhétorique, ce texte s’impose comme un chant. Ce poème dénonce l’expatriation sans jamais lancer d’attaque directe, sous l'angle de la célébration puis celui de l’accusation.

ETRANGES_ETRANGERS.jpg

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays loin
cobayes des colonies
Doux petits musiciens

soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers 

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres 

Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez

Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés 

Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié 
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières
 
On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos
 
Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez. 

Jacques PRÉVERT   Grand bal du printemps
(La Guilde du Livre,1951 ; Éditions Gallimard,1976 )
Reprise du BLOG http://www.martine-storti.fr

 

11èmes « Rencontres-Cinéma-Histoire » débute le 2 avril 2012

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RENCONTRES CINEMA HISTOIRE 2012

Ce n’est pas céder à la facilité, en jouant sur l’émotion du public, que montrer les crimes atroces perpétrés par les nazis et fascistes, surtout quand ils sont commis sur des enfants : Anne Franck (« Le journal d’Anne Frank ») parce qu’elle était juive, et sur les enfants d’Oradour-sur-Glane –un tiers des 642 morts- parce que la soldatesque, se sachant perdue, elle s’adonne dans une dernière orgie macabre à l’ivresse du sang (« Une vie avec Oradour ») Non, il ne s’agit pas seulement d’émouvoir mais surtout savoir ce qui fut et comprendre comment cela fut possible (« La vague », « Hanna K »). Pas seulement pour satisfaire notre curiosité intellectuelle mais bien pour contribuer à la citoyenneté, celle des jeunes surtout ; parce que, attention prévient Georges Bensoussan : « penser que le nazisme est une question d’histoire déconnectée du présent, ce serait ne pas entendre le potentiel barbare de nos sociétés massifiées ». (1)

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La prochaine saison de Parole Vive

du 9 au 11 mai 2012

« Qui sommes-nous vraiment ? » (essai de réflexion sur l’identité ou les identités)

Conférences : Boris CYRULNICK (éthologue, psychanalyste, écrivain…), Barbara CASSIN et Ali BENMAKHLOUF (philososophes) Concert : Théophile MINUIT (auteur-compositeur-interprète) avec les Chœurs et l’Ensemble instrumental MUSICA SUPRANA

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